"Dans les entreprises de transports, à chaque fois qu’il y a eu des accidents, il y a eu démission" ?

Le vrai du faux par Matthieu Mondoloni jeudi 17 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 11/12/2018
Dupont-Aignan
Nicolas Dupont-Aignan en novembre 2015 à Paris. © Maxppp

A chaque fois qu'a eu lieu une catastrophe dans les transports équivalente à celle de Brétigny-sur-Orge, le dirigeant a démissionné, affirme Nicolas Dupont-Aignan. C'est faux.

Mercredi sur France Info, Nicolas Dupont-Aignan est revenu sur le dramatique accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013. Il a affirmé que "dans les entreprises de transports, à chaque fois qu’il y a eu des accidents, il y a eu des démissions, sauf là”.

C’est faux. Il n’y a pas de généralité. En France, si on regarde la liste des accidents ferroviaires mortels depuis 35 ans, très rares sont ceux qui ont conduit à la démission d’un dirigeant de la SNCF. Depuis 1980, il y a 27 accidents ferroviaires mortels, et seulement deux démissions de dirigeants.

57 morts en 1988

Le premier c’est le 31 août 1985 précisément. Un train Corail reliant Paris à Port-Bou déraille près d’Argenton-sur-Creuse en raison de sa vitesse excessive. Bilan : 43 morts et 37 blessés. C’est le troisième accident ferroviaire mortel cet été là. Et cela conduit à la démission d’André Chadeau, un proche de Pierre Mauroy, qui avait pris ses fonctions quatre ans plus tôt à la tête de la SNCF.

Le deuxième cas de démission a lieu en 1988 après deux accidents à Paris, l’un gare de Lyon, l’autre gare de l’Est. 57 personnes décèdent. Et le président de la SNCF, Philippe Rouvillois, est lui aussi contraint à la démission, comme on peut l’entendre dans cet extrait du journal télévisé de France 3 à l’époque.

C’est le dernier président de la compagnie des chemins de fers qui a démissionné pour cette raison.

Et les catastrophes aériennes ?

Nicolas Dupont-Aignan parle des transports en général, nous direz-vous. Mais là encore, que ce soit pour les avions ou les autocars, il n'y a pas de généralité, que des cas particuliers. Si vous prenez, par exemple, les crashs d’avions, ni le patron de la Germanwings, ni celui de la Lufthansa n’ont démissionné après l’accident qui a fait 160 morts en mars 2015.

Ce n’est pas le cas non plus du PDG d’Air France, après que le Rio-Paris se soit abîmé avec 228 personnes à son bord. C’est pourtant l’accident le plus grave qu’ait connu la compagnie aérienne.