Tony Parker, prophète en son pays d'adoption ?

Le plus France Info mercredi 15 janvier 2014
Tony Parker, prophète en son pays d'adoption ?

Le
centre-ville de San Antonio, au Texas, atteste de l'évolution récente et un peu
triste du cœur de certaines agglomérations américaines : de moins en moins
de lieux de sociabilité, des commerces qui ferment tôt, quelques rares touristes
en journée, et des SDF attachants qui investissent les rues à la tombée de la
nuit. Comme si l'activité, les habitations et l'ambiance s'étaient déplacés vers
la périphérie, les suburbs. Néanmoins, San Antonio conserve un certain
charme et quelques attraits, comme le musée de Fort Alamo, puisque c'est là que
Davy Crockett et ses compagnons sont morts en 1836 pendant la Révolution texane,  en résistant à l'armée mexicaine.

Tony Parker, lors du match face aux Dallas Mavericks © Radio France Matteu Maestracci

Les Spurs sont partout

L'autre force d'attraction de la ville, au sein d'un Etat texan richement doté
en sports, c'est bien sûr les San Antonio Spurs, équipe de basket créée en 1967,
engagée dans la prestigieuse NBA. Une "franchise" qui a remporté quatre fois la
distinction suprême de champion de la ligue nord-américaine, en 1999, 2003, 2005
et 2007. Tony Parker, qui est arrivé très jeune dans l'équipe, en 2001, possède
trois bagues de champion et a même été élu meilleur joueur des finales en 2007.
San Antonio a perdu sur le fil la dernière finale NBA 2013, face au Miami Heat,
champion en titre.

A
San Antonio, les Spurs sont partout, sur les affiches des publicités
d'autoroutes, sur les devantures des magasins ou à travers leur maillot sur les
épaules des fans pour les rencontres à domicile. Et souvent, avec les
autres superstars locales Manu Ginobili et Tim Duncan, Tony Parker est le
joueur plébiscité. "C'est normal", explique Mathilde Hergott, 20 ans, étudiante
et basketteuse française à l'University of Texas of San Antonio (UTSA) ; le
meneur de jeu français est une immense vedette au Texas et aux Etats-Unis. Même s'il
doit parfois, en tant que non-Américain, prouver d'avantage que les
autres...

Mathilde Hergott : "Il est considéré comme l'un des plus grands meneurs de NBA"  (00:02:13)
 

Mathilde Hergott : "Il est considéré comme l'un des plus grands meneurs de NBA"

TP, victime de la distance ?

Et
si finalement Tony Parker était parvenu, avec le temps, à être plus populaire, ou en tout cas mieux reconnu dans son pays d'adoption que dans sa nation
d'origine ?

C'est en fait une phrase prononcée en juin dernier, pendant l'Euro féminin de
basket, par l'ex-sélectionneur Pierre Vincent - par ailleurs entraîneur de
Villeurbanne en Pro A, club dont Parker est vice-président - qui nous a mis la puce à
l'oreille... A ce moment-là "TP" bataillait en finale, et Vincent disait : "Je crois qu'on ne réalise pas bien en France les performances qu'il
réalise, qui sont extraordinaires, mais on ne s'en rend pas compte parce que
c'est loin et tard la nuit pour nous Français"
.

Comme si finalement Parker payait un peu le fait de jouer loin, et la nuit compte tenu du décalage horaire, dans un
championnat qui compte 82 matchs en saison régulière, et pour un sport qui
passionne habituellement peu au-delà d'un cercle d'amateurs.

La victoire en
championnat d'Europe lui a fait franchir un nouveau palier de popularité, la
preuve avec cette récompense collective de "Sportif de l'année Radio France". Mais cela fait longtemps que le meneur français au patronyme si américain hérité
de son père, né à Bruges il y a 31 ans, a été adopté et considéré à sa juste
valeur outre-Atlantique.

Dans l'histoire du jeu

Mike Monroe

Mike Monroe © Radio France Matteu Maestracci

Mike Monroe est journaliste au quotidien local San
Antonio Express News
, et il suit les Spurs depuis 2004. Pour lui, Tony Parker "est dans
la conversation quant au titre honorifique de meilleur joueur européen de
l'histoire"
en NBA, même si d'autres avant lui comme Toni Kukoc, Drazen
Petrovic mais surtout l'Allemand Dirk Nowitzki, MVP (meilleur joueur de la
saison) en 2007 peuvent y prétendre. En tout cas, pour Mike Monroe, Parker est
"très largement reconnu comme un grand joueur par les entraîneurs, joueurs,
supporters et observateurs"
. Et au moment des playoffs (phases finales),  c'est "le meilleur, le joueur décisif de l'équipe".

Quant à Tony Parker lui-même, il n'a jamais spécialement
envie d'évoquer cette question de "popularité" ou de reconnaissance avec la
presse ; il répète régulièrement qu'il est un compétiteur et veut gagner des
titres, et sait au fond de lui-même la façon dont il est considéré aux Etats-Unis, appréciant dans le même temps le soutien du public français.

Tony Parker : "Moi je joue pour gagner des titres"  (00:02:28)
 

Tony Parker : "Moi je joue pour gagner des titres"

Les
anciennes superstars de la NBA Magic Johnson et Charles Barkley, membres de la fameuse "Dream
Team" des JO de Barcelone en 1992, avaient notamment estimé en fin de saison dernière
que TP devait être élu "meilleur joueur de la saison".

San Antonio, ville oubliée ?

Les Américains apprécient donc Parker, sa hargne, sa réussite comme joueur et homme
d'affaires millionnaire, ce qui est moins mal vu là-bas qu'en France. Pourtant, lorsqu'on voit par exemple à la télévision une publicité pour le "All
Star Game", traditionnel match des vedettes NBA en février, on voit une quinzaine
de joueurs, mais pas lui...

Sans doute la conséquence d'un jeu certes de qualité mais
plus "classique" que spectaculaire, le fait d'être Européen, ce qui donne
toujours un léger handicap par rapport aux autres, mais aussi et surtout parce
que San Antonio n'est pas New York ni Los Angeles, mais seulement la 25e
agglomération des USA, un peu perdue entre les plus importantes villes du Texas
que sont Dallas et Houston. En conséquence les Spurs sont bien moins médiatisés
dans le pays.

Un "small market" ou petit marché comme l'explique Ben, 26 ans,
fan des Spurs et maillot de Parker sur le dos. Selon lui, San Antonio laisse le
reste de l'Amérique, les médias et certains consultants indifférents, voire
hostiles. Et Parker n'a pas la reconnaissance qu'il mérite. Mais cet entre-soi
n'est pas forcément une mauvaise chose ; les joueurs peuvent se concentrer plus
sereinement sur leurs objectifs de titre et ils se sentent encore plus aimés par
les supporters.

Ben

Ben, un fan des Spurs © Radio France Matteu Maestracci

Et
finalement, quelle que soit la façon dont on analyse ou interprète la popularité
de Tony Parker aux Etats-Unis, avec trois titres de champion, un trophée de
meilleur joueur des finales en 2007, et cinq participations au All Star Game, il
remplit déjà tous les critères pour intégrer lorsqu'il arrêtera sa carrière le "Hall of
Fame", fameux panthéon du basket, cercle fermé ne réunissant que 155 joueurs
pour l'instant. Suffisant pour faire définitivement partie de la légende du sport
américain.