Loi Travail : la flexibilité peut-elle doper l'emploi ?

Le mot de l'éco par Julie Bloch-Lainé samedi 26 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 20/12/2018
Des manifestants contre la loi Travail dans les rues
Des manifestants contre la loi Travail dans les rues © MaxPPP

Alors que le chômage bat de nouveau record, avec 3,59 millions de demandeurs d'emploi en février, le projet de loi Travail a été présenté en conseil des ministres. Il facilite notamment les licenciements économiques, en précisant les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent y recourir. Plus de flexibilité peut-elle faire baisser le chômage ?

Le message aux entreprises est on ne peut plus simple : il s'agit de lever la peur d'embaucher ; d'encadrer les conditions dans lesquelles elles pourront se séparer d'un salarié pour qu'elles n'hésitent plus à le recruter.
Mais la réponse des économistes est bien plus complexe.
D'un côté, ceux qui estiment que les effets sur le marché du travail seront positifs. Ils citent en exemple l'Espagne, sa réforme qui  facilite, entre autre, les licenciements économiques et son taux de chômage en baisse.
De l'autre, les sceptiques, qui estiment que faciliter les licenciements ne créera pas d'emploi.
Au contraire, cela pourrait même faire grimper le chômage, au début en tout cas. Pendant la crise, les entreprises françaises n'ont pas licencié autant qu'elles auraient dû, explique l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques. Si licencier devient plus simple, elles pourraient donc être de tentées de purger leurs effectifs, dans un premier temps. Avant de réembaucher, quand leur activité sera plus importante.

Des licenciements plus faciles, est-ce que cela peut modifier les conditions d'embauche et inciter les entreprises à recruter directement en CDI ?

Aujourd’hui, les embauches se font très rarement en CDI : dans 8 cas sur 10 il s'agit d'un CDD.
Ce n'est pas pour cela que les employeurs proposeront plus d'emplois durables : plus des 2/3 des CDD sont des contrats très courts, de moins d'un mois. Difficile d'imaginer que, une fois la loi travail adoptée, ils se transformeront en CDI.
Malgré tout, cela peut aider les plus fragiles à accéder à un emploi plus stable : ceux qui cumulent les CDD, et que les entreprises hésitent à recruter durablement, comme les jeunes ou les moins qualifiés.

Peut-on mesurer l'impact de la loi travail sur l'emploi ?

C'est évidemment difficile. La loi peut encore évoluer. Le ministre du travail a rédigé une étude d'impact : sur près de 400 pages, pas de chiffre, pas d’évaluation précise !
Certains s'y sont tout de même risqués.  Gérard Ballot, économiste à Paris 2, Jean-Daniel Kant et Olivier Goudet, informaticiens à Paris 6, ont  fait tourner un modèle qui simule le marché du travail. Résultat : cela ne créerait pas vraiment plus d'emplois mais les CDI seraient bien plus fréquents et plus courts. Surtout, la flexibilité profiterait à ceux qui la contestent le plus : les jeunes ! Selon cette étude, les moins de 25 ans seraient d'avantage recrutés, au détriment des plus âgés, à commencer par les seniors.