Le pétrole bon marché : une mauvaise nouvelle pour l'économie ?

Le mot de l'éco par Isabelle Chaillou samedi 13 février 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 08/11/2018
géants pétrole
Puits de pétrole dans le Dakota du Nord aux Etats-Unis©REUTERS/Andrew Cullen

Nouvelle semaine de fortes turbulences sur les places boursières. Depuis le début de l'année, les marchés financiers réagissent voire sur-réagissent, à une série de signaux qu'ils jugent très inquiétants : ralentissement de la croissance chinoise, interrogation sur la solidité des banques. L'effondrement des cours du pétrole suscite aussi beaucoup d'incertitudes.

Un pétrole pas cher n'est pas forcément une bonne nouvelle pour l'économie

A priori, un pétrole bon marché bénéficie aux Etats, cela amoindrit le coût de la facture énergétique, et aux ménages, car cela fait baisser le montant du plein d'essence. En un an et demi, le baril est passé de plus de 100 dollars à moins de 30 dollars. A titre de comparaison, le litre de pétrole est désormais 15 fois moins cher que le litre de bière.
 
Mais cet effondrement des cours entraine toute une série d'effets pervers.
Le premier, (et qui risque d'avoir des conséquences à long terme), c'est que ce pétrole très bon marché est un très mauvais signal environnemental. Cela n’encourage ni les entreprises, ni les états, à investir dans le développement des énergies vertes.
Deuxième conséquence : des cours du pétrole qui plongent, ce sont des revenus en moins pour les pays producteurs d'hydrocarbures. D'où le ralentissement de l'économie en Russie, en Arabie Saoudite, (qui a d'ailleurs engagé un programme d'austérité) mais aussi au Venezuela, en Angola, ou encore au Nigeria. 

Un lourd impact sur l’emploi

 
L'effondrement des prix a laminé les comptes des grandes compagnies pétrolières en 2015. Bénéfice divisé par 4 pour  Chevron, par 2 pour Exxon Mobile. Le britannique BP affiche son plus mauvais résultats depuis 30 ans.Le français Total s'en sort mieux.
Mais le  point commun de tous ces géants du secteur, c'est qu'ils  veulent maintenir le niveau de dividendes versés aux actionnaires tout en faisant des économies. Les grandes compagnies pétrolières ont donc commencé à tailler dans leurs dépenses d'investissements et de personnel : 4.000 postes en moins chez BP, près de 10.000 chez Royal Dutch Shell.
 
L’onde de choc se propage aux industries et aux sous-traitants liés au secteur pétrolier. Et l’addition est lourde.
En un an et demi, Schlumberger s'est séparé d'un quart de ses effectifs soit 34.000 postes. En France, le groupe Vallourec, numéro un mondial des tubes sans soudure, très utilisés dans le forage pétrolier, a récemment annoncé 1 000 suppressions de postes en Europe, dont plus de la moitié en France. 
 

Aucun bon scénario en vue

 
C'est en tout cas l'analyse que livrait récemment le chef économiste d'une grande agence de notation. D'abord parce que "la  fluctuation des cours du brut est une source d'incertitude, or, les investisseurs n’aiment pas l’incertitude".
Ensuite, "tout ce qui baisse est amené à remonter. A un moment ou un autre, les cours du brut repartiront à la hausse. Ce sera un contre-choc qui pèsera alors sur les prix à la pompe et donc sur le pouvoir d'achat des ménages".