Quotas laitiers

Le mot de l'éco par Julie Bloch-Lainé samedi 28 mars 2015
écouter l’émission disponible jusqu'au 21/12/2017
La fin des quotas laitiers
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C’est la fin des quotas laitiers. Depuis plus de 30 ans la production de lait est plafonnée au sein de l'Union européenne. Mercredi prochain, le 1er avril, ce sera terminé.

Comment est-ce que cela fonctionne ?

C'est une limite que se fixe l'Europe, une quantité maximum de lait, à produire chaque année : 150 milliards de litres environ pour tous les pays de l'Union Européenne. La France par exemple ne doit pas produire plus de 25 milliards de litres par an. Chaque éleveur a son quota. Et s'il le dépasse, il paye une amende.

Pourquoi cela a été mis en place ?

Cela a été mis en place en 1984 pour corriger la politique agricole de l'après-guerre. A partir des années 50, on encourage les éleveurs à produire toujours plus pour écarter le risque d'une pénurie alimentaire. Et cela marche, un peu trop bien. Dans les années 70, les cuves sont saturées. Il y a de gros surplus que l'Europe rachète au prix fort.

C'est couteux évidemment. En 1984 donc, l'Europe décide de limiter cette production de lait en imposant ces fameux quotas. Un peu absurde. Aujourd'hui l'Europe remet de l'ordre dans tout cela en supprimant ces quotas laitiers. Cela fait 6 ans qu'elle s'y prépare : depuis 2009, les quotas laitiers augmentent un peu chaque année pour que les producteurs s'adaptent.

Les producteurs vont pouvoir produire autant de lait qu'ils veulent. Bonne ou une mauvaise nouvelle ?

C’est la fin d'un système encadré. Le prix du lait fluctuera d'avantage. Plus la production augmentera, plus cela risque de faire baisser les prix.
Avec une conséquence : les grosses fermes, plus rentables, y résisteront mieux que les petites.

C'est l'une des grandes craintes des éleveurs français.Car la France a beau être le deuxième producteur de lait en Europe, elle compte beaucoup de petites exploitations. Et peu de grosses. La création de la ferme des 1000 vaches, dans le Nord, par exemple été très controversée.

A l'inverse, l'Allemagne, premier producteur européen, qui compte plusieurs de ces fermes géantes, ne redoute pas la fin des quotas laitiers. Au contraire.
Idem pour les Pays-Bas, le Danemark, ou même l'Irlande espèrent en profiter pour augmenter leur production de lait.
La France semble donc moins bien placée que ses voisins du nord de l’Europe.

Est-ce que toute la filière laitière française va  y perdre ?

Non parce que le secteur se prépare. Des regroupements, des investissements ont déjà eu lieu. Non sans casse. En 20 ans, le nombre d'éleveurs a chuté de 60% ils sont désormais un peu moins de 70.000.

Certaines régions, comme le sud-ouest ou le nord-est, qui produisent peu de lait, risquent d'y perdre encore. En revanche la Bretagne, région laitière, compte augmenter sa production de 20% en 5 ans.

Et comme partout en Europe, les producteurs misent sur les exportations pour écouler leurs stocks. Vers la Chine surtout, où la demande de produits laitiers devrait augmenter de moitié d'ici 2022.