"Uberisation" : l'avènement de l'auto-entrepreneur ?

Le mot de l'éco par Isabelle Chaillou samedi 23 mai 2015
Manifestation à Toulouse contre Uber © MaxPPP

Le mot de l’éco cette semaine, c’est "uberisation", du nom d’Uber, cette société de VTC (Voitures de Transports avec Chauffeurs) dont les taxis dénoncent la concurrence.

L’ "uberisation" de l’économie… Une formule qui revient souvent dans la bouches des économistes et de certains grands patrons. 
En France, c'est Maurice Lévy, l’influent patron de Publicis qui déclarait, il y a quelques mois : "Tout le monde a peur de se faire ubériser, de se réveiller un matin pour s'apercevoir que son business traditionnel a disparu".

Cette crainte, on la retrouve chez les chauffeurs de taxis face à la concurrence d'Uber et de ses services de VTC (Voitures de transports avec chauffeurs)
Alors, ce que fait Uber, c'est de mettre directement en relation le consommateur qui a besoin de se déplacer avec des chauffeurs indépendants. Ils ne sont ni des artisans taxis, qui ont besoin d'acheter à prix d'or leurs licence, ni des salariés d'une compagnie de taxi.

Et c'est un peu le même modèle qu'on retrouve avec Airbnb, qui vous permet de louer une chambre ou un appartement directement auprès du propriétaire. C'est de l’économie collaborative.

La fin des intermédiaires

A la base de ce phénomène, il n’y a pas de nouveaux services, il s'agit toujours d'aller d'un point à un autre dans une voiture ou encore de trouver une chambre pour un week-end ou quelques jours de vacances. Rien de neuf sous le soleil.

Ce qui est nouveau, et ça n'est possible que grâce à la révolution numérique, aux smartphones et aux applications, c'est la désintermédiation, plus besoin de passer par une société de taxi, plus besoin de passer par un hôtel. Entre le client et le service dont il a besoin,  il n' y a plus qu'un clic, et qui dit moins d'intermédiaires, dit aussi moins de coût et donc des tarifs attractifs.

Le succès d'Uber est évidemment l'exemple le plus criant. Créée en 2009, l'entreprise est aujourd'hui présente dans 58  pays, génère un milliard de chiffre d’affaire et représente une valorisation boursière de 40 milliards de dollars, c'est colossal, c'est plus que toutes les compagnies aériennes américaines réunies.  

Une uberisation qui s’étend peu à peu à tous les secteurs de l'économie. C’est en effet le cas pour les transports et l'hôtellerie mais les acteurs de cette uber économie ont déjà d'autres idées en tête. Aux Etats-Unis, Uber  expérimente ainsi un service de livraison à domicile et Amazon, le géant de l'internet a lancé une plateforme de services à la personne : travaux d'électricité, plomberie, jardinage ou encore cours de maths ou de yoga.

Après l'ubérisation de l'économie, celle du monde du travail

L'uberisation de l'économie, à terme, c'est aussi celle du monde du travail. Cette "uber économie" n'a plus besoin de salariés, seulement d'une force de travail disponible au coup par coup. Des travailleurs indépendants donc, mais précarisés et privés des avantages du salariat (protection sociale et salaires  fixes). Au fond, l'uberisation de l'économie, c'est l'avènement de l'auto-entrepreneur.

En France, ils sont déjà près d'un million, au Royaume-Uni, plus de 4 millions soit près de 15 % des travailleurs, quant aux Etats-Unis, certaines études (MBO Partners) prédisent que d'ici 2020, c'est à dire demain, il y a aura plus d'auto-entrepreneurs que de salariés.