Les mauvais comptes de l'UNEDIC

Le décryptage éco par Lise Jolly mardi 19 janvier 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 14/10/2018
Le mardi 19 janvier 2016

Au moment où François Hollande met ses derniers efforts dans la bataille pour inverser la courbe du chômage, la Cour des comptes, elle, met des pieds dans le plat avec cette question : la France a-t-elle encore les moyens de son État providence, c’est-à-dire a-t-elle encore les moyens d’indemniser si généreusement le chômage. Et selon les sages la réponse est non.

Dans le rapport qu’ils rendent aujourd’hui à l’UNEDIC, les Sages de la Cour des Comptes considèrent que le régime n’est plus soutenable. Ce qui les préoccupe: le déficit abyssal de l’organisme gestionnaire de l’assurance chômage. Le trou devrait pratiquement atteindre les 30 milliards d’euros à la fin de cette année, 35 milliards en 2018, si on ne change rien. Avec plus de six millions de personnes inscrites à Pôle Emploi en métropole dont deux millions sept sont pleinement indemnisés et 700 000 chômeurs de plus depuis 2012, la situation n’étonnera personne. Elle était prévisible à plus d’un titre. Le rapport parle du système le plus généreux des pays de l’OCDE avec le plus grand nombre de chômeurs couverts, la durée maximale d’indemnisation la plus élevée, elle peut aller jusqu’à trois ans si on a plus de 50 ans, et le montant maximal le plus haut, 6.200 euros net par mois. D’autres facteurs vont dans le même sens, avec le principe d’un jour indemnisé, pour un jour travaillé, et un revenu de remplacement qui atteint les trois quarts du dernier salaire dans certains cas. Bref, selon les sages, le régime est en danger.

Réduire l’indemnisation

La solution des sages : réduire l’indemnisation. D’autres pays l’ont fait, l’Allemagne est passée, brutalement au moment des réformes Schroeder, de trois ans à un an d’indemnisation, et 2.500 € maximum, avec en contrepartie  une réforme en profondeur des aides sociales et de l’accompagnement des chômeurs. La Cour des comptes n’est pas aussi radicale dans ses solutions.  Elle veut repousser à 55 ans, le droit aux trois ans de chômage, ou encore calculer les indemnités sur non pas un jour travaillé, mais seulement  neuf dizième de jour. Elle préconise aussi d’augmenter les cotisations de 0, 1 %.  Tout ça permettrait d’économiser 2 milliards d’euros, on est loin du compte ! Une des solutions prônées aujourd’hui par le MEDEF mais aussi par le maire de Bordeaux, Alain Juppé, c’est la dégressivité des allocations qui a pris fin en France à l’été 2001, et dont on savait déjà qu’elle allait grever les finances du l’UNEDIC, c’était il y a 15 ans…

Date butoir du 30 juin

La convention d’assurance-chômage doit être renégociée d’ici au 30 juin entre patronat et syndicats gestionnaires de l’UNEDIC. Celle qui est en vigueur aujourd’hui vaut pour deux ans seulement. Autrement dit, on a reculé pour mieux sauter. L’enjeu est de taille car la croissance atone de la zone euro, et en particulier de la France, les planètes alignées de François Hollande à savoir euro, taux d’intérêts et pétrole bas, ne seront pas suffisants pour faire décoller l’économie au point de vider Pôle Emploi. Car la question du chômage, c’est d’abord celle de l’emploi et des cotisations qui rentrent dans les caisses. Les plans pour l’emploi, comme celui présenté hier, arrivent beaucoup trop tard, la maison Unedic brûle depuis longtemps et les politiques ont regardé ailleurs. Dans une France déficitaire, endettée, la question qui se pose est maintenant de savoir si nous avons les moyens du système social que nous voulons à tout prix conserver, se mettre la tête dans le sable ne sert qu’à laisser la situation s’aggraver. En 2017, le prochain gouvernement aura encore sur les bras les mêmes questions qu’il y a 5,  10 ans, ou 15 ans.