Loi Travail : pour Philippe Martinez (CGT), "il faut reprendre tout à zéro"

L'interview politique par Jean-François Achilli lundi 14 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 08/12/2018
Le lundi 14 mars 2016

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a déclaré lundi sur France Info qu'il ne sait "pas du tout" ce qu'il y a dans la nouvelle mouture du projet de réforme du Code du Travail qui sera dévoilé lundi après-midi par Manuel Valls.

Alors que Manuel Valls va dévoiler lundi après-midi les modifications apportées au projet de loi sur la réforme du Code du travail, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a déclaré lundi sur France Info qu'il ne sait "pas du tout" ce qu'il y a dans la nouvelle mouture. "C'est une copie revue et peut être corrigée. Pas de nouvelle, pas de son, pas d'image depuis lundi dernier". "Qui sera là ? Nous ne le savons pas. Comment ça va se passer ? Nous ne savons pas bien non plus. On vous racontera après", a raconté Philippe Martinez. 

Sur le fond, le secrétaire général de la CGT a réaffirmé qu'il "faut reprendre tout à zéro et recommencer à discuter". "Si le Premier ministre nous annonce qu'on repart à zéro et bien on repartira à zéro. Le débat continuera mais sur d'autres formes. Par contre, si le texte est maintenu avec quelques aménagements. Plus que jamais, il faudra que les citoyens se mobilisent. Ceux qui ont signé la pétition, ceux qui était dans la rue la semaine dernière", a prévenu le secrétaire général de la CGT.

La lettre de deux députés PS "montre à quel point c'est la cacophonie"

Philippe Martinez a regretté que la CGT n'ait pas été écoutée : "La CGT a présenté un projet qui s'appelle 'Le code du travail du XXIe siècle'. Nous réclamons le retrait du texte du gouvernement et qu'on prenne le temps de rediscuter de la réalité des entreprises, les grandes, les petites, les artisans, de façon à avoir quelque chose de bien, de construit qui concerne l'ensemble des salariés". Il a ajouté que "la CGT à chaque fois qu'elle dit non, elle propose autre chose (…) La CGT est une force de proposition, a-t-il insisté. 

Deux députés dont Christophe Sirugue, pressenti pour être le rapporteur du texte, ont adressé une lettre vendredi au Premier ministre réclamant la suppression ou la réécriture de quatre mesures emblématiques. Pour Philippe Martinez, cette lettre "montre à quel point c'est la cacophonie. Quelqu'un qui est pressenti pour porter un projet et qui à quelques jours de sa présentation dit 'Attention, je ne comprends pas ça, il faut refaire ça. Ça montre bien que ce projet a été préparé sans concertation, sans dialogue". 

La rue "n'est pas du tout une lutte à l'ancienne"

Alors qu'on le dit irrité par la pétition en ligne contre la loi Travail, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, s'est dit favorable à ce que "les citoyens s'expriment à travers une pétition mais il faut qu'ils s'expriment dans la rue". Pour lui, la lutte dans la rue "n'est pas du tout une lutte à l'ancienne". "Quand en Espagne les citoyens descendent dans la rue, c'est moderne et en France quand les citoyens descendent dans la rue, ça serait ancien ?, s'est-il interrogé.

"On a encore du boulot pour convaincre. Il n'y avait pas un million de personnes mobilisées mercredi dernier, même si ça été un grand succès", a constaté Philippe Martinez. "C'est pour cela que nous continuons à discuter dans les entreprises. Il y  a une complémentarité entre les mouvements citoyens et les organisations syndicales. Nous travaillons et nous discutons avec ceux qui ont initié cette pétition. Il y a pas de problème entre nous." 

Pour Philippe Martinez, la lutte "s'exprime de plusieurs façons. Il y a un certain nombre de salariés (…) qui ont peur encore de s'afficher donc il préfère cliquer sur l'ordinateur chez eux. Ça montre aussi l'état du dialogue social en France. On ne peut pas exprimer ses idées dans les entreprises". Le secrétaire général de la CGT  a ajouté qu'il signait aussi "beaucoup de pétitions". "Après à trop signer de pétitions, le message est parfois dilué et la parole, la signature de la CGT est parfois diluée", a-t-il estimé.