Hollande/Valls, les nouveaux rivaux des sondages

L'interview politique par Jean-François Achilli jeudi 24 octobre 2013
Hollande/Valls, les nouveaux rivaux des sondages
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Valls. Et de loin. Pour bien comprendre de quoi nous parlons, il s'agit d'une
enquête Harris Interactive, pour le Figaro magazine et la Chaine parlementaire,
réalisée les 21 et 22 octobre auprès d'un millier de personnes. C'est-à-dire
lundi et mardi. Soit en pleine panique Leonarda. Au moment où le chef de l'Etat
est critiqué pour son intervention télévisée, y compris au
sein-même de sa majorité. Et que dit ce sondage : qu'une majorité de
Français, 54%, estiment que Manuel Valls serait élu en 2017 face à un candidat
de droite. Quand 16% seulement le pensent de François Hollande. En clair, si la
présidentielle avait lieu demain, le président sortant n'aurait aucune chance
de l'emporter, alors que son ministre de l'intérieur serait confortablement
élu. Le choc est terrible.

Et chez les électeurs
de gauche, c'est la même chose ?

Non, c'est le seul point positif pour François Hollande, qui
reste avec 37% le candidat privilégié par les électeurs socialistes, là où
Manuel Valls ne totalise que 24%, treize points de différence. Mais
l'écart  se resserre à 27 contre 23%
quand il s'agit des sympathisants de gauche. En revanche, Manuel Valls écrase
François Hollande dans la catégorie " ensemble des Français ", avec
33% contre 9%. En cas de primaire socialiste, la gauche, si l'on en croit ces
résultats, se choisirait ainsi le mauvais candidat.

Est-ce qu'il faut croire
vraiment cette enquête ?

Il faut bien évidemment la relativiser, parce que d'une part
nous sommes à trois ans du choix du candidat de la gauche pour 2017. C'est
loin, il peut se passer beaucoup de choses d'ici là. Il ne s'agit ensuite que de
la photographie d'un instant particulièrement difficile pour le chef de l'Etat,
très fragilisé pour être monté en première ligne dans l'affaire Leonarda. L'enquête
révèle, sur les caractéristiques des deux personnalités, que pour 63% des
personnes sondées, Manuel Valls " sait où il va ", contre 21% pour
François Hollande, là encore en déficit d'image. Cette différence s'explique
parce que le ministre de l'intérieur n'a pas varié dans son message de fermeté
sur les questions d'immigration, un sujet particulièrement sensible pour les
Français, avec en toile de fond le climat de tension créé par les élections à
venir et la très forte poussée du Front national.

Comment le président
et son ministre de l'Intérieur vont-ils pouvoir travailler ensemble ?

Nous ne découvrons pas aujourd'hui que le président est très
impopulaire et que son ministre de l'intérieur caracole en tête des sondages
d'opinion, tout en déplaisant à la gauche de la gauche. Ce n'est pas nouveau.
C'est la grille de lecture qui va changer, le regard sur leur relation d'ici à
2017. Il était question jusque là d'un bras-de-fer Valls-Ayrault. Cette enquête
créée un précédent : la rivalité va se déplacer sur Hollande-Valls. L'un
est installé à l'Elysée, et l'autre sur le trottoir d'en face, place Beauvau, comme
aux riches heures de l'affrontement Chirac-Sarkozy. Certains proches de
l'exécutif vous expliquent déjà que c'est Manuel Valls qui a envoyé son
président au casse-pipe en le poussant à faire sa télé samedi, épisode
désastreux unanimement critiqué.

Ça y est, c'est parti...

D'autres sondages devraient fleurir dans les prochaines
semaines sur l'affrontement supposé entre les deux anciens alliés de la
primaire socialiste. C'est une nouvelle histoire qui commence. Qui aurait pu
dire qu'une jeune kosovar de quinze ans allait autant
impacter la vie politique française...