Les langues menacées de disparition

Info sciences par Daniel Fiévet vendredi 7 février 2014

Il y a beaucoup d'endroits comme en Amazonie brésilienne, en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou encore au Nigéria où l'on peut entendre des langues parlées par seulement quelques dizaines de personnes. Des langues en grand danger, qui risquent de disparaître avec les dernières personnes qui les parlent.

La disparition des langues est un processus qui a toujours existé. Les langues naissent, vivent, évoluent et parfois meurent. Mais ce qui inquiète les scientifiques c'est l'accélération avec laquelle ces disparitions s'opèrent aujourd'hui. Selon l'UNESCO, la moitié des 6.000 langues connues dans le monde pourrait avoir totalement disparu d'ici la fin du siècle.

Les causes

La linguiste Collette Grinwald spécialiste des langues menacées, répond entre autre à cette question dans un article publié dans un hors série du magazine Pour la science consacré à l'évolution des langues.

La chercheuse indique "qu'autrefois une langue s'éteignait quand un peuple disparaissait physiquement, à la suite d'épidémies, de guerres ou quand la fécondité était insuffisante pour assurer son renouvellement. Aujourd'hui, les locuteurs adoptent, plus ou moins volontairement, une autre langue, la langue dominante". Parfois ils le font d'eux-mêmes pensant favoriser leur insertion ou celles de leurs enfants dans la société.

Dans certains cas le pouvoir politique exerce une pression directe pour que les habitants parlent la langue officielle. C'est ce qui s'est passé en France au 20e siècle. Le gouvernement français a réprimé les langues régionales en interdisant qu'elles soient parlées à l'école.

Une perte immense

Une langue est liée à une culture, à des savoirs. Quand une langue disparaît c'est un pan du patrimoine de l'humanité qui s'effondre. Une langue reflète aussi une certaine manière de penser et de regarder le monde. Très concrètement notre façon de considérer les couleurs, le temps ou l'espace est influencée par la langue que nous parlons.

L'immense diversité des langues donne aux scientifiques des outils pour explorer la pensée humaine. En comparant les langues entre elles, ils peuvent essayer d'identifier ce qu'il y a d'universel dans les langues humaines et tenter de voir si certaines caractéristiques de nos langages sont inscrites et programmées dans le cerveau de notre espèce.

Voilà quelques-unes des raisons et il y en a d'autres, qui ont conduit les linguistes depuis une vingtaine d'années à faire de la sauvegarde des langues une priorité.

Sur le terrain

Les scientifiques vont à la rencontre des derniers locuteurs de langues en passe de disparaître sans laisser aucune trace. Il s'agit le plus souvent de langues de tradition uniquement orale. Concrètement, leur travail consiste à écrire une grammaire, établir un dictionnaire et rassembler tout un ensemble de textes traduits, d'enregistrements audio et vidéo pour décrire cette langue. C'est un travail particulièrement long et minutieux.

Parallèlement à ces actions des programmes de revitalisation des langues sont menés, incitant les jeunes générations à apprendre la langue de leurs ancêtres.

Mais Collette Grinwald le reconnait elle-même : "Dans la majorité des cas, il sera difficile, voire impossible d'enrayer la disparition des langues". Alors pour essayer de limiter cette hécatombe linguistique annoncée la chercheuse préconise de "mettre en place des mesures qui favoriseraient l'apprentissage de plusieurs langues pour tous les citoyens du monde." Elle le résume joliment ainsi : "Parlons plusieurs langues pour ne jamais parler d'une seule voix."

A lire : Le Hors série du magazine Pour la science intitulé L'évolution des langues - quel avenir ?

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