Terrorisme : les moyens de paiement anonymes dans le viseur

En direct de l'Europe par Anja Vogel dimanche 7 février 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 02/11/2018
La Commission veut lever l\\\'anonymat sur les transactions par monnaies virtuelles
La Commission veut lever l'anonymat sur les transactions par monnaies virtuelles©Maxppp

La Commission européenne a dévoilé cette semaine son "plan d'action" contre le financement du terrorisme, immédiatement applaudi par la France, qui réclamait la plupart de ses mesures. Il propose notamment de lever l'anonymat des utilisateurs de cartes prépayées et autres monnaies virtuelles.

 "On nous a demandé d’aller vite et nous avons fait vite". Deux mois et demi après les derniers attentats de Paris, la Commission européenne a présenté toute une série de propositions, dont certaines avaient été faites par la France dès mars 2015 et mises à jour en novembre dernier. Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics a d’ailleurs immédiatement salué ce "plan d’action", qui comprend deux volets.

Assécher les sources de financement et s'attaquer aux transactions

"L’un a pour objectif d’assécher les sources de financement ; l’autre s’attaque aux transactions, afin que l’argent n’arrive pas dans les poches des terroristes", explique Pierre Moscovici, Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.
Bruxelles se focalise particulièrement sur les monnaies virtuelles et les cartes prépayées.
"Nous voulons faire reculer l’anonymat de ces moyens de paiement électroniques", souligne le Commissaire français.
Bercy a révélé que des cartes prépayées avaient été utilisées pour commettre les attentats du 13 novembre, financer les voitures et les appartements des assaillants. Estampillées Visa ou Mastercard et munies d’un code secret, elles sont distribuées par les banques ou les buralistes et permettent de retirer du liquide, de faire des achats, y compris en ligne, mais ne sont pas nominatives.
Quant aux monnaies virtuelles, type bitcoin, elles sont utilisées pour réaliser des transactions internationales en dehors de tout contrôle des autorités financières ou des services de renseignement.

Lever l’anonymat permettrait évidemment de mieux contrôler les flux

D’autant plus que la Commission prône également une coopération accrue entre les cellules nationales de renseignement financier, comme Tracfin en France, ou le GAFI au niveau international.
Également dans le viseur de Bruxelles, les billets de 500 euros, coupures appréciées des milieux du crime organisé. "La Commission va travailler avec la Banque Centrale Européenne et toutes les parties concernées pour voir si une action spécifique à ce sujet est nécessaire ", précise son communiqué.
"On ne peut que se féliciter de vouloir mieux contrôler ces flux ", reconnaît la député européenne Eva Joly, membre du groupe des Verts/Alliance Libre Européenne. Elle précise néanmoins "qu’avec 800 euros, on peut acheter un Kalachnikov et semer la terreur". Elle appelle les dirigeants à "appliquer la même grille de lecture à leurs partenaires économiques et à ne pas oublier que l’Arabie saoudite et le Qatar sont les plus grand financeur du terrorisme".

La balle est maintenant dans le camp des États membres et du Parlement européen. Les 28 ministres européens de l’Économie et des Finances étudieront ce "plan d’action" dès le vendredi 12 février. Bruxelles espère que les mesures pourront être menées à bien d’ici à fin 2017.