Protéger les femmes migrantes dans le respect du genre

En direct de l'Europe par Anja Vogel dimanche 13 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 07/12/2018
 Des migrants à bord d\\\'un ferry en Grèce © maxPPP
Des migrants à bord d'un ferry en Grèce © maxPPP

Si le projet d’accord sur le renvoi massif de migrants et l’échange de réfugiés avec la Turquie a suscité beaucoup de critiques cette semaine au Parlement européen, il est un point qui a fait l’unanimité : la nécessité de protéger les femmes, de les accompagner avec des mesures spécifiques, en matière de santé, de maternité, contre les abus et les violences. Des femmes désormais très majoritaires.

Fatima fuyait la guerre en Syrie, elle a été retrouvée en état de choc dans l’île grecque de Samos et hospitalisée

Son mari qui voulait lui offrir une vie meilleure, l’avait confiée avec leur petite fille à un homme, qui lui a confisqué papiers, argent et téléphone portable, l’a frappée, violée, lui interdisant tout contact avec son époux. Fatima n’est qu’un exemple de ces milliers de femmes et jeunes filles qui font le voyage vers l’Europe, seules avec leurs enfants, et qui constituent aujourd’hui selon Filippo Grandi, le Haut-commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés, pratiquement les deux tiers des migrants qui arrivent sur notre sol.

Lors de son intervention ce mardi 8 mars dans l'hémicycle du Parlement européen, Filippo Grandi a encouragé les eurodéputés dans leurs démarches pour obtenir une meilleure prise en compte de la dimension du genre dans la politique d'asile, afin de ne pas aggraver une position déjà précaire de ces femmes particulièrement vulnérables.
Un logement et des installations sanitaires séparées des hommes ; des interrogateurs, traducteurs et interprètes de sexe féminin ; des services de conseil spécialisés en traumatisme pour les femmes qui ont subi des violences à caractère sexiste ; des services de garde d'enfants pendant les entretiens de sélection et d'asile ; des informations sur leur droit d'introduire une demande d'asile indépendante de celle de leur conjoint ; une aide juridique pour les femmes dans les centre d'accueil, enfin une formation spécifique pour le personnel.

Des mesures qui tardent à être appliquées sur le terrain

Des mesures déjà en partie prévues par la révision des procédures européennes d'asile et de migration, mais qui tardent à être appliquées sur le terrain, regrette Sylvie Guillaume, vice-présidente socialiste du Parlement européen. Ses collègues du Parti populaire européen dont la Française Elisabeth Morin-Chartier, ont quant à elles interpellé la Commission européenne  pour qu'elle débloque des moyens et aide des associations comme "Gynécologie sans frontières" à améliorer les conditions d'accueil souvent insalubres et insécures des migrantes et réfugiées.

"L’Europe est face à un moment de vérité"

"Il est temps pour elle d’affirmer les valeurs sur lesquelles elle s’est construite", a conclu le Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés.
Filippo Grandi s’est dit "profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait un retour indiscriminé de personnes entre l’Union européenne et la Turquie", alors que, conformément au droit international, chaque pays doit assumer "la responsabilité d’examiner la demande d’asile, protéger un réfugié du refoulement et s’il obtient l’asile, lui permettre d’en bénéficier conformément aux standards internationaux et avoir pleinement et réellement accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé et si besoin à l’aide sociale".