Les nuits de la Voie lactée

Du côté des étoiles par Marie-Odile Monchicourt samedi 30 juin 2012
Les nuits de la Voie lactée
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Tous les ans, au cœur de l'hiver austral, la Terre plongée dans la nuit fait face à la Voie lactée, notre galaxie. Pour contempler ce vertigineux panorama cosmique dans toute sa splendeur, il faut se trouver sous le tropique du Capricorne, d'où le centre galactique est visible exactement au zénith. Depuis quelques années, j'assiste à ce happening cosmique depuis le belvédère parfait : le désert d'Atacama, au Chili. Là, sous un ciel d'une pureté sans égale, la Voie lactée se révèle. Éblouissante, elle traverse le ciel en diagonale, du nord-ouest au sud-est, depuis la constellation du Cygne jusqu'à celle de la Carène en passant par le Sagittaire et le Scorpion, scintillant d'étoiles. Une nuit, pendant que je laissais mon appareil photographique enregistrer, lentement, la lumière d'étoiles lointaines, allongé sur le sable du désert, je l'ai vue... Non plus une bande laiteuse et irrégulière, sans forme et sans volume, mais une véritable galaxie, avec son bulbe central peuplé d'étoiles vieilles de douze milliards d'années, et, se projetant devant lui, le disque criblé d'étoiles supergéantes, d'amas d'étoiles, de nébuleuses. Une expérience unique, quasi métaphysique. Pendant un moment, dans le silence et l'obscurité absolue du désert, j'ai vu le ciel en perspective, avec ses lignes de fuite, sa profondeur, son immensité ; j'ai "senti" la proximité d'Alpha du Centaure et l'éloignement d'Antarès du Scorpion, suivi les volutes des nébuleuses qui roulent, noires comme des nuages d'orage, sur les rives du disque galactique ; j'ai vu la Galaxie tourner lentement autour de son trou noir central, je n'étais plus sur une planète, mais dans l'espace même, et en me penchant, peut-être, j'aurais pu tomber dans le champ des étoiles... 

S.B

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