De Shenzen à Montceau-les-Mines, l'histoire d'une relocalisation

Cinq jours à la une jeudi 5 septembre 2013

C'est
l'histoire de deux frères qui faisaient fabriquer leur tablette numérique dans
le sud de la Chine, à Shenzen. Mais à cause des complications de production, et
des trop importants délais de livraison, ils ont choisi de relocaliser leur
production en Saône-et- Loire. C'était il y a deux ans et Jean-Yves Hepp l'aîné
des deux patrons de la société "Unowhy" explique qu'il ne regrette
absolument rien.

"On a gagné en efficacité de production, et de
distribution aux clients. C'est toujours plus rassurant de savoir qu'on peut se
rendre en moins de deux heures sur notre site de fabrication
",
explique-t-il.

S'il
a fait ce choix avec son jeune frère et associé, c'est aussi ajoute le chef d'entreprise
"par conviction personnelle".

"J'en avais assez
d'entendre des gens dire qu'on ne peut rien entreprendre en France, j'ai voulu
prouver le contraire. Et puis j'ai trois enfants, je voulais leur prouver aussi
à eux qu'il existe des perspectives d'avenir dans leur pays", commente
Jean-Yves Hepp.

La
tablette est donc maintenant produite dans une usine de Montceau-les-Mines en
Bourgogne. Il s'agit d'une usine du groupe Eolane qui produit sur place
également d'autres produits numériques, électroniques pour des dizaines de
clients différents.

Relocalisation
dit automatisation

Sur
la chaine de la tablette de la société Unowhy, il y a en permanence cinq à dix
ouvriers et techniciens. "L'équipe est capable de produire en ce moment
une tablette toutes les deux minutes et demi pour répondre aux pics de demande
des clients",
explique le directeur du site Bertrand Decrocq. Quand la
tablette était produite en Chine, les ouvriers qui la produisaient étaient bien
plus nombreux, la chaîne bien plus longue.

Au
moment où la production de la tablette numérique a été rapatriée de Chine en
France, le procédé de fabrication a été entièrement repensé. Il a fallu
notamment automatiser une grande partie de la fabrication.

Marie-Hélène,
ouvrière qualifiée en bout de chaîne, sait bien que c'est parce que les choses
ont été repensées qu'elle n'a que 3 vis à serrer pour achever la tablette. Il
en fallait 13 dans l'usine de Shenzen.

Cette
tablette "made in France" était spécialisée en cuisine au départ. Son
nom : Qooq. Une tablette à destination des amateurs de cuisine plus ou moins
aguerris. Mais désormais, une version dédiée à l'Education nationale a vu le
jour, baptisée Ted.

"Nous
n'avons pas beaucoup modifié l'appareil en lui même car les collégiens comme
les cuisiniers ont besoin de pouvoir malmener un peu leurs tablettes. Elle ne
doit pas être trop fragile. C'est donc idéal qu'elle ait quatre pieds, et aussi
un écran en verre 60 % plus épais que sur les autres tablettes du marché
",
dit Guillaume Hepp le frère cadet chargé du développement des produits.

Si
le contenant se veut adapté à l'Education nationale, le contenu l'est aussi. Dès
qu'on allume la tablette Ted, la page d'accueil est une page tout à fait
identifiée comme "scolaire". Pas question d'applications, de jeux ou
de réseaux sociaux qui pourraient déconcentrer les élèves. Non, dès l'allumage,
on découvre des onglets pour toutes les matières, les exercices de l'élève, son
emploi du temps et d'autres choses tout aussi sérieuses. Les contenus peuvent
être créés en permanence par les enseignants eux-mêmes, qui gardent donc la
main.

Un
micro et un casque pour s'enregistrer en anglais
 


Mathilde Lemaire Radio France

Elise Jack professeur d'anglais expérimente la tablette Ted depuis un an avec ses élèves de 6ème © Radio France Mathilde Lemaire

De
quoi séduire plutôt les professeurs qui l'expérimentent depuis un an dans
plusieurs collèges de Saône-et-Loire, le département précisément où cette
tablette est fabriquée. Le conseil général en encourageant les concepteurs de
cette tablette Ted a le sentiment d'agir sur deux tableaux à la fois: la
création d'emplois locaux, et un meilleur équipement de ses collégiens.

Elise
Jack est professeur d'anglais au collège Jean-Vilar de Chalon-sur-Saône. Depuis
l'an passé, ses élèves de 6ème sont équipés de cette tablette. Elle explique
que cela a révolutionné son cours.

"J'allume mon ordinateur. Eux allument leurs tablettes. Et je les vois
instantanément apparaître sur mon écran. Ils entament les exercices que j'ai
créés et entrés pour eux dans la tablette. Et je sais où ils en sont
",
raconte l'enseignante qui diffuse pour faire sa démonstration un document
audio, racontant l'histoire d'un certain James qui souhaite devenir acteur !

"Le
vrai plus en langues vivantes, c'est que les élèves ont avec leurs tablettes un
micro et un casque. A chaque question, tous sont comme dans leurs petites
bulles et répondent en enregistrant chacun leurs prises de parole dans leurs
coins. Moi le soir, je corrige chez moi toutes ces productions orales. Cela
permet aux élèves de dépasser leur timidité. Beaucoup n'osaient pas s'exprimer
d'habitude
", ajoute la jeune femme conquise. Elise Jack reconnait toutefois
qu'il est trop tôt pour dresser un bilan quand aux effets de la tablette sur la
progression des élèves.

Cette
tablette tactile 100 % Française et 100 % "Education nationale" doit
faire face à la concurrence des tablettes bien connue des géants américains et
coréens. Eux aussi cherchent à se placer sur ce marché juteux des
établissements scolaires et mènent en ce moment un lobbying important auprès
des élus des différentes collectivités. Il y a potentiellement - rien qu'en
France - douze millions d'élèves à équiper dans les toutes prochaines années.