"On n'est pas des larbins"

C'était comment ? mercredi 9 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 03/12/2018
Des manifestants contre la loi Travail dans les rues
Des manifestants contre la loi Travail dans les rues © MaxPPP

Ce fut une journée de grève et de manifestations, contre le projet de loi sur le travail. Des centaines de milliers de personnes ont défilé, un peu partout en France. À Paris, les cortèges se sont retrouvés Place de la République. Colère noire, sur la place rouge.

"Faudrait arrêter de nous prendre pour des neuneus !"  La phrase n’est pas de moi. Mais d’un jeune.  Et c’était SA réponse, à François Hollande
Mardi, en ballade à Venise, le chef de l’état a en effet suggéré aux étudiants de lire le projet de loi… en tout cas, il a émis l’idée qu’ils ne le connaissent pas. "Faux !", criait la jeunesse aujourd’hui, dans Paris. Parsemé de monde, en tout début d’après-midi, notre désormais Chère Place de la République, (la place des larmes de la France, comme je l’ai rebaptisé) s’est vue devenir noire de monde, au fil des heures… Noire de monde. Rouge de colère.  À mesure que le soleil réapparaissait : "Non mais ça va pas la tête ! Il nous demande de réviser nos devoirs ! Il nous prend pour des…" "Des cons ! "C’est le mot employé par cette bande de lycéens. 

"On le connaît le projet de loi, on l’a lu, on y a pensé ! Et non, on n’accepte pas d’être des larbins ! Moi, je fais des études, je les paie, je bosse déjà d’ailleurs. Donc je veux un bon boulot, et des protections, j’y ai droit. On est plus au Moyen Age". Moi : "Oui bien sûr, mais la situation est dure. il faut peut-être s’adapter ? Revoir sa manière de travailler, être plus souple ?" Ah là, j’ai commis, semble-t-il une boulette "S’adapter à quoi ? À leurs échecs ? Se faire virer d’une boite, comme ça, du jour au lendemain ? Après avoir galéré de stage en stage, de formation en formation ?". À côté de lui, une fille, très très tendue : « oui, parce qu’avant de trouver, peut-être, éventuellement un vrai job, on va d’alternance en alternance» Moi : "Mais ça, c’est un peu partout en Europe, non?" Plantage. Renvoi dans mes 22 mètres. "Et alors ? C’est une raison ? Arrêtez avec l’Europe ! Moi je m’en fiche de ça !". Je m’accroche. 

"Mais… heu... En Italie, ce que l’on appelle Le Jobs Act a permis une nette augmentation des contrats stables." Elle : "Okayyyy, mais ces emplois sont aussi plus précaires… ! Les gens peuvent se faire virer plus facilement, et la protection n’existe plus vraiment, elle est évolutive"
Visiblement, elle a révisé cette jeune fille. François Hollande serait fier d’elle je crois. Avant de la quitter, elle me jette ceci à la figure: "Moi, je veux pas vivre avec le flingue de mon patron sur la tempe !" Bon, là, je crois que c’est clair. 

Au terme de cette discussion vive et joyeuse, la foule a grossi. Le ciel se dégage. Je me faufile, entre la cahute a merguez et un Edwyn Pleyel en train de mitrailler la banderole des trens et lesbiennes, avec son smartphone. Et j’atterris sur des...retraités : "Mais vous faites quoi, ici ?". Ils rient. "Ben, on les soutient, à fond !
Moi : "Ils ne sont pas un peu difficiles ces jeunes? Vous, vous en avez fait des sacrifices non ?"
Eux : "Oui. Trop". Le terme tombe comme un couperet. 

L’un d’entre eux : "Il faut une loi ambitieuse. Une loi philosophe; Là, c’est du court terme, ça va colmater un peu les brèches, les chiffres seront un peu meilleurs, c’est très politique. Mais il faut voir plus loin. Il faut que les gens se sentent bien quand ils vont au travail, il ne faut pas qu’ils aient peur." Et là, j’aperçois une jeune fille, une petite affichette collée sur son blouson. Dessus, je peux lire quatre mots : "Non/ Au/ Burn/Out". Puis : "Mon patron n’est pas ma vie". Ils ont bien révisé les jeunes. Visiblement, ils sont au point.