Fukushima ébranle les certitudes du nucléaire

C'est ma planète par Anne-Laure Barral samedi 12 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 06/12/2018
Des journalistes, en combinaisons de protection, visitent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, exploitée par TEPCO, cinq ans après l\\\'accident nucléaire qui a eu lieu le 11 mars 2011
Des journalistes, en combinaisons de protection, visitent la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, exploitée par TEPCO, cinq ans après l'accident nucléaire qui a eu lieu le 11 mars 2011 © Maxppp

Il y a 5 ans, le Japon connaissait l'une des plus graves catastrophes du nucléaire civil. L'explosion du premier réacteur de la centrale de Fukushima ébranlait le monde. Cet accident a eu des conséquences même en Europe.

Pas question de dire que le nuage radioactif s'est arrêté à la frontière cette fois. De l'iode 131, l'un des radionucléides issus des explosions de la centrale japonaise a été détecté par des instruments de mesure dans l'ouest parisien dès le 26 mars 2011. Une quantité bien plus infime que ce qui s'est passé au moment de Tchernobyl et bien moindre que ce que le Japon a reçu au moment des explosions.
Il n'empêche que ce nouvel accident dans l'histoire du nucléaire civil a ébranlé des certitudes, notamment celles de penser qu'un pays démocratique à la technologie très sophistiquée comme le Japon ne pouvait pas connaitre un accident. Personne n'est à l'abri et l'Autorité de sureté nucléaire française va reconnaitre, juste après Fukushima, que la France aussi doit se préparer à un éventuel accident sur son sol.

Des réactions différentes en Europe

L'Autriche, l'Italie, la Grèce, le Portugal, le Danemark n'avaient pas attendu la catastrophe  pour dire non au nucléaire. En Pologne, un projet de centrale est toujours en suspens. Le gouvernement reste favorable au nucléaire qui lui permettrait de sortir de sa dépendance au gaz russe.
Mais la réaction la plus forte c'est celle de l'Allemagne, très anti-nucléaire depuis la guerre froide. Angela Merkel a annoncé que Fukushima l'a fait changer d'avis sur le nucléaire et la Chancelière allemande décide d'engager la sortie du nucléaire de son pays au prix du retour au charbon pour produire son électricité mais aussi d'énormes investissements et avancées technologiques dans les énergies renouvelables.
En France, dans la campagne présidentielle de 2012 François Hollande annonce qu'il n'est ni pour la sortie, ni pour le statut quo mais pour une baisse de la part du nucléaire à 50% de notre production d'électricité.

Cinq ans après on attend toujours la programmation pluriannuelle de l'énergie

Pour voir comment la loi de transition énergétique serait mise en œuvre. Pour l'instant même à Fessenheim, la centrale que le chef de l’État avait promis de fermer parce que c'était la plus vieille et la plus dangereuse, il ne se passe pas grand chose alors que nos voisins européens passent à l'offensive. La semaine dernière, la ministre allemande de l'environnement réclamait la fermeture de la centrale alsacienne, et certains experts outre-Rhin trouvent que la gravité d'un incident qui s'est produit en avril dernier a été minimisée, même par l'autorité de sureté nucléaire française. 
A Genève, la ville et le canton ont porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui à propos de la centrale du Bugey.
En Belgique, c'est celle de Cattenom qui inquiète. La vieillesse des centrales, l'annonce de leur prolongation sans doute pour encore 10 ans par la ministre de l'environnement française ont sans doute agacé nos voisins, moins nucléarisés que la France.
Même s'il y a sans doute beaucoup de posture politique dans cette polémique, nos voisins européens savent très bien qu'en cas d'accident, le nuage radioactif ne s'arrêtera pas à la frontière.