Industrie pharmaceutique et médecins : peuvent-ils être indépendants ?

Le plus France Info lundi 4 février 2013

On les a beaucoup entendus ces dernières
semaines. De grands pontes en gynécologie se voulant plutôt rassurant sur les
pilules de 3ème génération
, alors que les plaintes d'utilisatrices
se multiplient
. "Les études qui laisseraient entendre un léger sur-risque
ne sont pas des études qui amènent la certitude de leur danger
" assurait
le 2 janvier sur France Info Israël Nisand, chef du pole gynécologie
obstétrique au CHU de Strasbourg.

Le sur-risque "est loin d'être admis
par l'ensemble des spécialistes du monde entier
" renchérissait le
gynécologue endocrinologue parisien Christian Jamin le même jour sur France
Inter.

Des praticiens reconnus, qui reconnaissent par ailleurs des relations de
travail avec les laboratoires qui produisent les pilules contraceptives.

"Jamais
les médecins n'inventeront de médicaments sans les laboratoires et jamais les
laboratoires n'inventeront de médicaments sans les médecins
" fait valoir
Christian Jamin.

Il indique travailler avec cinq laboratoires dont Bayer, Teva
Theramex ou encore HMA Pharma. Cela va de la participation aux recherches, à la
formation de visiteurs médicaux, en passant par la rédaction de rapports.

Quand les industriels s'appuient sur les médecins
renommés

Ces grands praticiens qu'on entend dans les
médias sont particulièrement prisés des industries pharmaceutiques. "Les
firmes ont constaté que c'est plus rentable pour elles d'influencer les experts
de tel ou tel domaine
", explique Bruno Toussaint directeur de la
rédaction de la revue médicale Prescrire. "Parce qu'ensuite, de proche en
proche, ces spécialistes renommés influencent les spécialistes un peu moins
renommés et ainsi de suite jusqu'aux généralistes
". Hervé Gisserot,
président du Leem (Les entreprises du médicament) assume "être en
relation avec les fameux leaders d'opinion
". "Nous avons besoin de leurs
recommandations
", explique-t-il, "Lobbying ça n'est
pas un gros mot
".

Hervé Gisserot, le président du LEEM s'explique sur les liens financiers entre experts et industriels du médicaments  
Avec Bruno Rougier

Hervé Gisserot, le président du LEEM s'explique sur les liens financiers entre experts et industriels du médicaments

Un certain flou autour de la transparence

Transparence. C'était le mot clé de la loi
Bertrand votée en décembre 2011, dans la foulée du scandale du Médiator. Afin
de prévenir tout conflit d'intérêt, il était question que les laboratoires
déclarent publiquement les liens qu'ils entretiennent avec les médecins. Mais
le Conseil national de l'ordre des médecins redoute que le décret
d'application, qui n'est toujours pas paru, soit édulcoré.

"Dans le projet de
décret
", regrette le Dr François Rousselot, membre du conseil, "la rémunération
d'un médecin pour cinq ans de travaux de recherche ne devra pas être publiée,
seulement les deux billets de train pour aller présenter l'étude à
Marseille
".

Une transparence d'ores et déjà mise en œuvre
en revanche à l'ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament. En charge des
autorisations de mise sur le marché et de la surveillance des produits de
santé, ses membres sont soumis à une déclaration publique d'intérêt. On peut
ainsi lire qu'Annick Alpérovitch, présidente du conseil scientifique de
l'agence depuis août 2012, a déclaré avoir continué à toucher des rémunérations
du groupe LA-SER pour du consulting pharmaco-épidémiologique jusqu'au 31
décembre dernier.

Joseph Emmerich, un des directeurs nommés en mai l'an passé,
collaborait encore le mois précédent avec le laboratoire Bayer. Il explique ne
pas participer aux décisions concernant les médicaments ou les firmes pour
lesquelles il a travaillé. Selon lui, "les experts n'ayant aucun
lien d'intérêt n'auraient à priori, dans la plupart des cas, pas une
connaissance clinique et pharmacologique d'un champ thérapeutique étroit
".

Le professeur de médecine Joseph Emmerich explique le lien entre les laboratoires et les médecins  

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