Romney - Obama : la guerre du net

Le plus France Info mercredi 3 octobre 2012

2008 n'est pas 2012. Loin de là. En cinq ans, l'utilisation
d'internet, des réseaux sociaux et des tablettes numériques a changé la donne. Lors
des dernières élections, 5% des Américains avaient entendu parler du site de
Twitter. Ils sont 90% en 2012
. Les Etats-Unis comptent aujourd'hui 140 millions d'utilisateurs du site de
microblogging, soit plus d'un Américain sur trois. Plus largement, plus de la
moitié d'entre eux sont membres d'un réseau social. 

"Pour la première fois, la persuasion par le biais des medias
numériques prend une part essentielle dans le processus électoral".

La
phrase est signée Zac Moffatt, le cerveau de la campagne numérique de Romney. Pour
faire ce constat, le camp républicain s'appuie sur une étude du consultant
républicain Targeted Victory
qui montre que 40% des électeurs échappent aux outils de la campagne
traditionnelle. Ces "off the grids" ne regardent pas les discours
politiques sur leurs télévisions mais sur leurs ordinateurs et smartphones. Pour
Zac Moffatt, il faut donc inventer de nouvelles façons de convaincre et d'impliquer
les citoyens dans la campagne. Un constat partagé par le camp démocrate.

"Il faut s'adapter à l'explosion des réseaux sociaux", explique Zac Moffatt, directeur numérique de Mitt Romney.  

"Il faut s'adapter à l'explosion des réseaux sociaux", explique Zac Moffatt, directeur numérique de Mitt Romney.

Comment faire ?

Les deux camps ont mis en ligne de véritables QG de campagne :
le MyMitt  pour Romney et le Dashboard d'Obama. Les deux plateformes fonctionnent comme un réseau social qui vise à enrôler, fédérer
et organiser "l'armée de l'ombre" des candidats, comme Obama appelait ses
web-militants en 2008. 


capture d'écran IPhone

Le Dashboard démocrate permet de savoir où sont les militants dans son quartier. © capture d'écran IPhone

On y trouve par exemple une carte avec tous les
inscrits et les événements de la campagne dans son quartier ainsi qu'une boîte
à outils du parfait militant : les arguments à utiliser lors des
porte-à-porte, ou encore une liste de numéros pour les démarchages
téléphoniques dans des zones politiquement sensibles pour chaque camp. Bref,
les éléments clés pour convaincre. 

Le Dashboard, QG démocrate en ligne. Robert Vallier s'occupe des réseaux sociaux pour la campagne démocrate à l'étranger.  

Le Dashboard, QG démocrate en ligne. Robert Vallier s'occupe des réseaux sociaux pour la campagne démocrate à l'étranger.

Les applications donnent aussi des éléments de langage. L'idée c'est de permettre aux utilisateurs de convaincre leurs proches ou encore d'organiser des répliques sur les sites et réseaux sociaux. Car "les armées de l'ombre" des deux camps s'expriment aussi sur les réseaux sociaux. Lors du discours de Mitt Romney à la Convention républicaine de Tampa, le site de microblogging a enregistré plus de 6.000 twitts à la minute.


capture d'écran IPhone

Les applications des candidats donnent aussi les éléments de langage pour leurs utilisateurs. © capture d'écran IPhone

La guerre des big datas

L'information est une arme et internet fourmille de données
personnelles. Au-delà de leur utilité pratique, les Dashboard, MyMitt, les
sites des deux candidats et autres applications pour téléphones sont de
véritables aspirateurs à données personnelles. Il suffit de s'y connecter pour
que l'âge, l'adresse, la liste d'amis, les coordonnées bancaires et des
dizaines d'autres informations soient enregistrées, comme l'explique la charte de confidentialité d'Obama et celle de Romney.

Des données qui sont ensuite transférées aux équipes des
campagnes numériques. Elles y sont compilées et comparées avec des dizaines d'autres
critères : liste électorale, démographie, taux de chômage, etc. Le tout
forme une base de données de plusieurs millions de personnes. Pour quoi faire ?
Micah Sifry, le fondateur du Personal Democracy explique qu'il s'agit de cibler
de manière très fine les messages des candidats. " Maintenant, Obama peut,
par exemple, demander à cette liste d'envoyer un message à chaque électrice
démocrate de 35 ans et les pousser à mobiliser leurs amis sur les attaques
républicaines contre le Planning familial"
.

Benoît Thieulin, co-fondateur de la Netscouade et ancien directeur numérique de Ségolène Royal en 2007. © Radio France Antoine Krempf

Avec le "Big data", les candidats ciblent les électeurs de façon très précise. Précisions de Benoît Thieulin, de la netscouade.  

Avec le "Big data", les candidats ciblent les électeurs de façon très précise. Précisions de Benoît Thieulin, de la netscouade.