Zakynthos, l'île aux aveugles

Cinq jours à la une par Rédaction de France Info mercredi 4 juillet 2012

Jusqu'à ce que les autorités sanitaires mettent leur nez dans les fichiers, en janvier, le système était parfaitement rodé. L'unique ophtalmologiste de l'île (qui travaillait à l'hôpital public), signait à tour de bras des attestations de cécité en échange de pot-de-vins. Le préfet, qui devait lui aussi valider le dossier, monnayait son coup de tampon contre des promesses de voix aux élections locales. Et tout le monde savait.

"Dans ce pays, dès qu'on peut profiter de quelque chose, on en profite"

A 362 euros par mois, dans cette île touchée elle aussi par les mesures de rigueur, l'allocation de cécité est une aubaine pour les retraités, les chômeurs ou les petits salaires. Christos, 37 ans, vendeur de pizzas : "Dans ce pays, dès qu'on peut profiter de quelque chose, on en profite... Ce sont des gens qui ont besoin d'argent... Et maintenant, on va leur demander de rembourser, ou bien on va les mettre en prison ? Franchement, avec tous nos politiciens qui s'en sont mis plein les poches avec l'argent de l'Europe. Vous croyez que c'est juste de pénaliser les petites gens pour des sommes aussi ridicules ? L'Etat aurait dû être plus vigilant, c'est tout".

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Isabelle Labeyrie Radio France

Pour avoir dénoncé les fraudes, le nouveau maire de Zakynthos a été bombardé de yaourts lors d'un conseil municipal. © Radio France Isabelle Labeyrie

Les 700 bénéficiaires de l'allocation de cécité ont été invités à passer
de vrais examens, en-dehors de l'île. Une cinquantaine d'entre eux
seulement seraient réellement non-voyants.

Mais les mentalités seront longues à changer. Le maire de Zakynthos, qui a mis fin à ces pratiques en sait quelquechose : lors d'un récent conseil municipal, il a été bombardé de yaourts par une délégation de faux aveugles qui ne comprenaient pas qu'on veuille les remettre au pas.

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Isabelle Labeyrie Radio France

Parmi les faux aveugles, on trouve un chauffeur de taxi, un joueur de football et un chasseur. © Radio France Isabelle Labeyrie