Les banques espagnoles au bord de l'implosion

Le plus France Info par Rédaction de France Info vendredi 8 juin 2012

"Certaines personnes ont peur de ne plus pouvoir retirer leur argent à la banque"

Les Espagnols craignent désormais de perdre leurs économies et de ne jamais revoir la couleur de l'argent qu'ils ont déposé à la banque. Il suffit de se rendre dans le local de l'association de défense des usagers des banques pour s'en convaincre. Le petit local, situé en plein cœur de Madrid ne désemplit pas de la journée. Francisco est l'un de ses permanents :

"Certaines personnes ont réellement peur de ne pas pouvoir retirer leur argent.  Ils ont peur qu'un jour, en allant au guichet ou au distributeur, l'argent soit bloqué, comme cela s'est déjà passé en Argentine. Alors les gens cherchent à placer leur argent dans des banques étrangères, ou ils le mettent chez eux, dans des coffres forts. Chacun cherche une solution."

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Isabelle Raymond Radio France

Justo, ancien employé de banque, a souscrit un produit à risque sans le savoir © Radio France Isabelle Raymond

Son dossier sous le bras, Justo, 62 ans, est un ancien employé de banque. Mais comme un million d'Espagnols, il a acheté un produit financier qui a fait fureur ici. On appelle ça des participations préférentielles, des produits aux taux alléchants, avec des taux d'intérêts autour de 7%. Sauf qu'ils étaient très risqués, et surtout que les contrats sont perpétuels, ad vitam eternam. Résultat, Justo n'a aujourd'hui aucun moyen de protester :

"J'ai mis 140.000 euros dans ce produit. C'est une quantité très importante pour moi. La situation familiale est très difficile aujourd'hui, nous sommes désespérés. C'est mon argent et je ne peux pas le récupérer. Pourquoi ? Pourquoi la banque m'a-t-elle vendu un tel produit ?"

"Les chefs d'entreprise aujourd'hui hypothèquent leur maison pour investir"

Les entreprises aussi souffrent de la crise bancaire, surtout les plus petites d'entre elles. Les PME qui représentent 80% de l'économie espagnole ne peuvent plus faire appel aux banques pour se financer et tenter, temps bien que mal de garder la tête hors de l'eau. C'est ce que confirme Esther Sanchez Ajates, qui fait du conseil aux entreprises :

"Aujourd'hui les chefs d'entreprise n'utilisent plus seulement l'argent de leur société pour investir. Ils ont recours à leur épargne personnelle, ils hypothèquent leurs maisons pour injecter de l'argent et tenter ainsi leur chance à l'étranger. J'ai beaucoup de clients qui tentent d'ouvrir ainsi des marchés en Amérique du sud par exemple. Mais comme les banques ne les financent pas, ils utilisent leurs propres économies pour le faire."

"Notre seule bouée de sauvetage, ce sont les marchés étrangers"

C'est ainsi que Dionisio Garcia Florez a injecté 20.000 euros de ses deniers personnels dans son entreprise. Il a une petite société de magasines spécialisés dans le domaine de la défense. La semaine prochaine, il se rend à un salon professionnel à Paris pour tenter de décrocher des marchés, la semaine suivante il sera en Pologne. Mais il n'a pas d'autre choix car il a perdu 50% de sa clientèle depuis le début de la crise en Espagne :

"Le problème c'est qu'il a beaucoup de méfiance de la part des consommateurs. Les gens n'achètent que des produits de 1e nécessité : pain, nourriture, vêtements. Notre seule bouée de sauvetage, ce sont les marchés étrangers."

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Isabelle Raymond Radio France

Dionisio Garcia Florez, autoentrepreneur madrilène. Il parcourt l'Europe et l'Amérique à la recherche de nouveaux clients © Radio France Isabelle Raymond

Les banques sont pour le moins frileuses et ne souhaitent pas
répondre aux questions des journalistes étrangers. Un banquier qui ne
souhaite pas préciser pour quel établissement il travaille (même s'il
précise qu'il s'agit d'une des 5 grandes banques espagnoles) confirme
tout de même que les banques ne prêtent plus, ni aux particuliers ni aux
entreprises. Et pour lui, il faut impérativement aider au plus vite les
banques espagnoles à se recapitaliser :

"Il ne faut pas
dramatiser la situation des banques, il ne faut pas les jeter à la
poubelle. Mais c'est vrai que nous avons l'opportunité d'assainir la
situation. Il faut opérer le malade au plus vite. C'est urgent. Il faut
arrêter de dire que tout va bien. Nous perdons du temps et nous perdons
en crédibilité. Il faut recapitaliser les banques et il faut le faire
maintenant.
"

Et ce banquier comme la grande majorité des
Espagnols pense que l'Europe viendra, d'une façon ou d'une autre, au
secours des banques espagnoles. L'Union européenne nous dit-on ne peut
pas se permettre de laisser sombrer une des plus importantes économies
du vieux continent puisqu'elle entraînerait les autres pays avec elle
dans sa chute.