Quelles urgences attendent le futur ministre de l’Education nationale ?

Question d'éducation par Emmanuel Davidenkoff jeudi 10 mai 2012

Script de la chronique :

La première de ces priorités, ce sera de ne pas décevoir.

Oui. Les rapports entre enseignants et PS sont encore
sous le signe de la convalescence après une longue période de rupture. La
première urgence est donc de renouer la confiance en tenant parole.

Peut-il marquer le changement dès la rentrée ?

Pas évident. Ce que Maryline Baumard décrit joliment
dans un grand article à paraître tout à l’heure dans Le Monde « Comment
donner à la rentrée scolaire 2012 un petit air de rentrée de gauche, alors
qu'elle a été préparée par la droite ». Il y a des gestes simples comme l’arrêt
des évaluations de CM2 très contestées par els enseignants. Elles commenceront
le 21 mai. Trop tard pour les arrêter. Mais il ne devrait plus y avoir de
remontée des résultats au niveau national.

Et puis il y a cet engagement de recréer 60.000
postes, dont 1.000 dès la rentrée dans le primaire.

Oui ce qui relèvera de la prouesse vu les délais. Les
syndicats enseignants ont déjà mis la pression en se félicitant de l’élection
de François Hollande mais en lui rappelant ses promesses. Ils ont aussi dit
qu’ils étaient prêts à bouger sur certains sujets comme la formation, les
pratiques, l’évaluation. Toute la question est de savoir si un accord a déjà
été passé sur les contreparties que les syndicats sont prêts à consentir en
échange des 60.000 postes, ou si François Hollande avait « lâché »
ces postes sans s’assurer qu’il y aurait donnant-donnant.

Ça s’est déjà produit ?

Oui, en 1988. A l’époque Laurent Fabius suit les
questions d’éducation au PS et il est promis au ministère de  l’Education. Ses troupes négocient en amont
avec la Fen, qui est alors le syndicat tout puissant de l’éducation, on parle
de forteresse. Mais c’est finalement Lionel Jospin qui est choisi et quand il
arrive au ministère il rompt l’accord. Les syndicats mobilisent. A l’arrivée
Lionel Jospin devra lâcher de l’argent, en l’espèce une revalorisation des
salaires, sans rien obtenir en contrepartie. L’histoire est connue, on peut
faire l’hypothèse que le PS a tout fait pour qu’elle ne se répète pas ; on
devrait le savoir rapidement.

Qu’est-ce que le futur gouvernement pourrait chercher
à obtenir des syndicats ?

Des évolutions sur la conception du métier
d’enseignant, notamment autour de la prise en compte des activités autres que
l’enseignement au sens strict. Avec une idée que la droite caressait
aussi : augmenter le temps de présence des enseignants dans les collèges
et les lycées en intégrant des missions autres que le seul fait de donner des
cours à des classes. C’est un véritable serpent de à l’Education nationale. Il
semble que les syndicats soient prêts à bouger sur le sujet. Ce serait une
première.

Y a-t-il d’autres points de friction potentiels ?

Sur le fond de la refondation annoncée, pas vraiment.
Le terme de refondation d’ailleurs n’est pas neutre. On ne parle de réforme
mais finalement d’un retour aux valeurs que porte le parti socialiste. Cela va
de la scolarisation des moins de trois ans dans les zones difficiles à
l’amélioration du collège unique. La restauration d’une véritable formation
initiale et continue des enseignants est également à l’ordre du jour et des
décisions rapides devraient être annoncées.

Il y aura aussi une question de ton. Les enseignants
se sont sentis méprisés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Oui. Et leur mobilisation massive en faveur de
François Hollande témoigne avant tout de ce rejet du président sortant,
probablement plus que d’une adhésion au programme. Si vous prenez le cas du
collège unique, vous avez aussi à gauche de nombreux enseignants qui le
dénoncent et qui pensent qu’il faut mieux orienter certains élèves précocement.
Ceci dit, dans un premier temps, on devrait assister à une forme de grande
réconciliation. Mais faute d’actes, la lune de miel ne durera pas. Il ne faut
pas oublier que les précédentes législatures socialistes ont été marquées par
des mouvements de contestation parfois très durs, comme sous Claude Allègre.

On a beaucoup parlé des enseignants, mais certaines
mesures s’adressent avant tout aux jeunes…

Oui. Comme l’instauration de quotas en BTS ou DUT
pour les bacheliers technologiques – là aussi une vieille idée jamais mise en
œuvre. Des quotas aussi pour démocratiser l’accès aux classes préparatoires aux
grandes écoles. Il y aura des débats car ces politiques de quotas évoquent la
notion de « discrimination positive » qui ne fait pas l’unanimité à
gauche mais ce ne sont pas les plus difficiles à mettre en œuvre. Enfin Vincent
Peillon a d’ores et déjà indiqué que la réforme du lycée serait réexaminée,
avec l’objectif de penser d’un même mouvement la séquence bac – 3 / bac + 3. Là
encre une idée déjà ancienne qui jusque-là a buté sur deux obstacles : les
différences de culture entre le lycée et l’université, mais aussi le fait que
le lycée garde pour lui un certain nombre de ses bons éléments après le bac, en
les sélectionnant rudement d’ailleurs, dans ses classes préparatoires aux
grandes écoles et dans ses sections de techniciens supérieurs où l’on prépare
le BTS, le Brevet de technicien supérieur.

Premier test donc cet été, avec le collectif
budgétaire promis par François Hollande.

Oui, et avec la vaste consultation qui devrait
permettre au futur gouvernement de propose dès septembre une loi d’orientation
et de programmation. Ce qui est certain c’est qu’il faut aller vite : les
temps de l’éducation sont très lents et si François Hollande veut produire dans
cinq ans les preuves d’un changement, il doit se dépêcher. Ou alors il se
retrouvera comme le gouvernement sortant à multiplier en urgence les
évaluations tous azimuts dans l’espoir que l’une d’entre elles lui permette de
dire avant les élections : regardez, ça frémit.