Curiosity : la Nasa lance un nouveau robot vers Mars

Du côté des étoiles par Marie-Odile Monchicourt samedi 19 novembre 2011

C'est vendredi prochain, si tout va bien, que la sonde américaine Curiosity quittera la Terre, en direction de la planète rouge. Si tout va bien ? L'exploration du système solaire est une conquête de haute lutte, et l'on ne compte plus les sondes spatiales américaines ou russes qui ne sont jamais arrivées à destination... Pour preuve, la dernière tentative en date : celle des Russes, qui ont lancé voici deux semaines la sonde Phobos-Grunt vers Mars. Elle n'arrivera jamais à destination. Bloquée sur une "orbite de parking" autour de la Terre, la sonde Phobos-Grunt va retomber, puis brûler dans la haute atmosphère dans les semaines qui viennent...

Avec Curiosity (c'est désormais le nom officiel de la sonde Mars Science Laboratory), la Nasa a conçu un véritable laboratoire biologique ambulant, susceptible de découvrir, si elle a jamais existé, les traces d'une vie martienne, passée ou actuelle. C'est ce 6 août que la sonde de la Nasa doit atterrir sur la planète rouge. Une sonde martienne de plus, après les deux Viking (1976), Sojourner (1997), Spirit, Opportunity (2004), Phoenix (2008) sans compter l'armada de satellites qui survolent la planète depuis une trentaine d'années ? Non. Curiosity, à tous points de vue, est une rupture dans l'histoire de la conquête martienne. Son prix ? 2,5 milliards de dollars, c'est six fois plus que Opportunity, qui gambade actuellement dans le désert martien. Sa taille, celle d'une voiture, quand Opportunity a la taille d'un karting, et Sojourner celle d'un tricycle d'enfant.

C'est la frustration des chercheurs, depuis des décennies d'études de Mars, qui a présidé à la conception de Curiosity. Viking, en 1976, était sensée, déjà, découvrir une éventuelle vie martienne. Echec : les expériences étaient peut-être mal conçues, ou trop peu sensibles. Sojourner, premier robot mobile martien ? Trop petit, son rendement scientifique a été très limité. Spirit et Opportunity, qui ont parcouru, en tout, près de cinquante kilomètres à eux deux, en huit ans de mission ? Pas de détecteur biologique, et des sites d'atterrissage trop plats, d'intérêt géologique limités. Curiosity va corriger tout cela, c'est la sonde martienne "définitive". D'abord, le site choisi pour l'atterrissage, le cratère Gale, mesurant 150 kilomètres de diamètre. Un paradis de géologue : de l'eau a coulé ici en abondance, y déposant de nombreuses strates sédimentaires, qui affleurent toutes, sur les pentes du piton central du cratère, mesurant 5000 mètres de haut. Si la vie est apparue sur Mars, pensent les biologistes, c'est dans ces couches argileuses qu'il faut la chercher. Ensuite l'autonomie de la sonde : l'engin à six roues, pesant 900 kg (soit 300 kg seulement sur Mars, du fait d'une pesanteur trois fois moindre) sera propulsé non pas par des panneaux solaires, mais par une pile atomique alimentée par du dioxyde de plutonium. Puissance : 120 watts, contre 40 watts pour les panneaux de Opportunity, en plein Soleil. Ce sont, si tout va bien, des dizaines, voire des centaines de kilomètres que pourra, des années durant, parcourir la sonde, de jour comme de nuit, par tous les temps et en toutes saisons. Enfin, l'instrumentation scientifique embarquée par Curiosity n'a pas d'égale dans toute l'histoire de la conquête martienne.

Sauf que ces performances hors-normes se payent. Curiosity est avant tout une mission à haut risque, un dangereux "quitte ou double" puisque, pour se poser avec une précision extrême sur le site soigneusement choisi par les planétologues, Curiosity va expérimenter un système d'atterrissage particulièrement complexe. Ce 6 août, comme toutes les sondes martiennes, elle traversera l'atmosphère à 25 000 km/h, protégée par un bouclier thermique. Puis, c'est un parachute qui prendra le relais, rien que de très normal. La fin de l'atterrissage promet d'être plus corsée, c'est une première, digne des missions lunaires Apollo : parvenue à environ 2000 mètres d'altitude, le parachute sera éjecté, et Curiosity continuera sa descente propulsée par des rétrofusées. Enfin, à vingt mètres au dessus du sol martien, Curiosity sera délicatement hélitreuillée jusqu'au sol, tandis que que le système d'atterrissage, désormais inutile, ira s'écraser plus loin. Une fois posée au sol, la sonde à six roues motrices, remise de ses émotions, pourra déployer ses caméras et contempler le paysage autour d'elle. On croise les doigts.