DSK et le sondage, non publié, qui aurait pu inquièter l'Elysée

L'interview politique par Jean-François Achilli mardi 4 mars 2014
DSK et le sondage, non publié, qui aurait pu inquièter l\\\'Elysée

C'est l'histoire d'une
enquête commandée par Le Parisien
magazine
, pour son numéro du week-end dernier. Le document a été édité en
bonne et due forme par l'institut BVA. Ses résultats, aussi inattendus que
spectaculaires, ont tellement surpris ses commanditaires qu'ils ont fini par
renoncer à les publier.

De quoi s'agit-il ?

Compte tenu du niveau
d'impopularité du gouvernement, il était question de comparer quatorze
personnalités politiques de premier ordre à François Hollande, afin de savoir
si elles feraient mieux que lui à sa place. Et pour la première fois dans ce
type d'enquête, un nom a été proposé en plus des habituelles têtes de série. Et
il est arrivé en tête.

Et ce nom est ? Dominique Strauss-Kahn.

Le résultat est
étonnant ! L'ancien patron du FMI bat tous ses rivaux : les personnes
interrogées estiment à 56% qu'il ferait plutôt mieux que François Hollande,
crédité de 34% seulement. Alain Juppé arrive en deuxième position avec 53%. Suivent
Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, loin derrière, à 49 et 48%.

Les autres personnalités, les
Fillon, Borloo, Bayrou et Aubry sont toutes devancées par l'actuel président,
ce qui est un signe encourageant pour lui.

C'est la première fois que le
nom de DSK était testé sur le grand public à la faveur d'un tel sondage. BVA l'a ajouté
dans la liste habituelle, tout simplement parce qu'il était spontanément
remonté dans les réponses lors de précédentes enquêtes.

Et c'est un retour gagnant en
haut de l'affiche, alors même que Dominique Strauss-Kahn est sorti du jeu
politique, et n'en a pas encore fini avec son agenda judiciaire et un procès à
venir dans l'affaire du Carlton de Lille.

Pourquoi l'enquête n'est-elle pas sortie ?

La direction du Parisien magazine revendique un choix
éditorial, estimant que ce n'était pas possible de publier ce sondage, parce,
selon elle, il aurait fallu dans un même temps poser la question :
"Etes-vous pour ou contre le retour de DSK ?" L'enquête a donc
été jugée trop politicienne et peu digne d'intérêt.

Elle renseigne pourtant en
creux sur un désir de compétences au plus haut niveau, qui serait exprimé par
les Français, malgré les affaires en cours, ou celles du passé.

Le plus étonnant est que des
personnalités strausskahniennes ont quand même été appelées au téléphone par
les journalistes de la rédaction afin de recueillir leur sentiment, leurs
réactions à ce qui ressemblait à un début de résurrection de celui qui, il n'y
a pas si longtemps, n'émargeait plus qu'à la chronique faits divers. Peine
perdue, puisque le sondage scoop de BVA a été enterré entre-temps. Ce qui a
surpris les amis de Dominique Strauss-Kahn.

Ce sondage était vraiment crédible ?

Oui. Il a été réalisé dans
les règles de l'art. Et le patron de l'institut BVA n'en revient pas lui-même,
il s'est d'ailleurs refusé à tout commentaire. Ce petit arrangement avec la
réalité a fait sourire Dominique Strauss-Kahn, qui de toute façon a choisi de
ne plus réapparaître jusqu'à son procès.

Le plus étonnant, dans un contexte de
défiance générale, est que DSK rejaillit comme l'homme providentiel, le
meilleur pour sortir le pays de la crise. La bête n'est toujours pas morte. Et
la politique n'est décidément pas une science exacte.