Rio, une ville en plein boom immobilier

Cinq jours à la une jeudi 12 décembre 2013
Rio, une ville en plein boom immobilier

Raymondo est architecte : il a passé toute sa vie dans le quartier de Leblon, près de la plage d'Ipanema, le quartier plus huppé de Rio. Mais le deux pièces de 55m2 qu'il louait est soudain devenu hors de prix : impossible de rester, il a dû déménager à 15 km de là.

a faisait déjà 12 ans que j'étais dans cet appartement. Au début je payais 250 euros", commence Raymondo. "Puis il a augmenté peu à peu, l'an passé il est arrivé à 900 euros. Et là, d'un coup, la propriétaire m'en demande 1600 (presque 7 fois et demi le salaire minimum, ndlr). C'est devenu totalement fou. J'ai dû partir, comme plein de gens. Depuis 4 ans, on voit un "exode" des habitants de Leblon, à cause de ces prix démentiels".

Raymundo, architecte. Elodie Touchard
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Raymundo, architecte. Elodie Touchard © Radio France

Les prix s'envolent

Le cœur de Rio jouit d'une topographie unique, niché entre d'un côté la mer, de l'autre des montagnes et la plus grande forêt urbaine du monde. Mais cela signifie aussi que dans ces quartiers déjà ultra-valorisés, comme Leblon, Copacabana ou Ipanema, il n'y a plus d'espace pour construire, et les prix s'envolent.

"A Rio, dans ces quartiers les prix ont augmenté de 60% ces 3 dernières années", explique Manoel Maia, le président du Conseil régional des agents immobiliers de Rio. "Cela a même doublé depuis 2008, +200%. A la vente, au plus haut, dans le quartier de Leblon, on atteint près de 16.000 euros le m². A la location, c'est jusqu'à 50 euros le m². En matière d'immobilier, Rio est devenue la 4eme ville la plus chère du monde", conclut-il. 

L'accès au crédit facilité

Parmi les causes de cette surchauffe immobilière : l'accès au crédit facilité, une classe moyenne en plein essor, ou encore l'industrie pétrolière. Rio est devenue une ville à la mode pour les investisseurs, comme le dit Leonardo Schneider, vice président du syndicat de l'habitation de Rio : "Rio a une grande visibilité internationale, surtout avec la coupe du monde et les JO".

Leonardo Schneider, vice-président du syndicat de l\\\'habitation de Rio. Elodie Touchard
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Leonardo Schneider, vice-président du syndicat de l'habitation de Rio. Elodie Touchard © Radio France

"Du coup, cela a attiré des investissements dans de nombreux secteurs : infrastructures, transports, sécurité publique avec notamment cette politique dite de "pacification" des favelas, qui a réduit la violence des trafiquants et transformé les quartiers alentours", avance-t-il.

"Le danger qu'il y avait, avant, de prendre une balle perdue s'est considérablement réduit, ce qui fait que ces zones ont pris de la valeur", indique Leonardo Schneider. 

Une bulle immobilière ? 

Ce boom a conduit quelques spécialistes à s'inquiéter d'une possible bulle immobilière, comme Robert Shiller, l'économiste américain, qui avait justement prévu la crise des subprimes nord américaine.

Mais beaucoup, comme Pedro seixas, qui coordonne un MBA en gestion immobilière à la fondation getulio vargas n'y croient pas. "Aux Etats-Unis, ca été très fortement encouragé par l'accès au crédit, jusqu'à ce qu'on arrive à un point où la valeur des biens immobiliers n'avaient plus rien de réel", explique Pedro Seixas. "Ici, au Brésil, notre marché du crédit est encore à un stade initial. Le volume des crédits immobiliers par rapport à l'economie brésilienne devrait atteindre, ces prochaines années, environ 10% du PIB, quand sur des marchés plus avancés, cela va jusqu'à 60-70%", analyse-t-il.

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Pedro Seixas coordonne un MBA en gestion immobilière à la Fondation Getulio Vargas. Elodie Touchard © Radio France

"Nos banques sont aussi plus prudentes, plus exigentes, et elles imposent une limite du financement : 70-80 % maximum de la valeur du bien immobilier. Aux Etats Unis c'était plus de 100%. Et puis, il y a la question des taux de crédit, qui sont encore ici très élevés", conclut Pedro Seixas. 

Même si ces derniers temps les prix accusent une légère décélération, la tendance est qu'ils se maintiennent élevés au moins jusqu'en 2016, année des Jeux Olympiques.