Avant Pisa 2013 : les meilleurs profs font-ils les meilleurs élèves ?

Question d'éducation par Emmanuel Davidenkoff vendredi 29 novembre 2013
Avant Pisa 2013 : les meilleurs profs font-ils les meilleurs élèves ?

Dans une note publiée cette semaine sur son blog, Andreas Schleicher, directeur éducation de l'OCDE, repart d'une idée selon lui largement répandue : les pays les plus performants d'un point de vue de la scolarité seraient ceux qui recrutent leurs enseignants parmi le tiers d'étudiants les plus brillants, tandis que les pays les moins performants recruteraient leurs professeurs dans le tiers inférieur des étudiants.

Un postulat complètement faux

Pour le prouver, Andreas Schleicher s'appuie sur une étude menée auprès des adultes, en mathématiques, langue et résolution de problèmes.

Résultat : si on se base sur les résultats en mathématiques, les enseignants n'appartiennent nulle part au tiers supérieur ou au tiers inférieur, ils sont partout dans la moyenne. Ce facteur seul n'explique pas l'efficacité des systèmes éducatifs.

Aucune exception ?

Si, toujours. Ici le Japon et la Finlande se détachent : à niveau d'études égal, leurs enseignants sont meilleurs que la moyenne des diplômés en mathématiques, tandis que la république Tchèque, le Danemark, l'Estonie, la Slovaquie et la Suède sous-performent.

Mais vous parlez ici du niveau moyen à l'intérieur de chaque pays. Il n'y a pas de différences entre les pays ?

Si. Et cette fois on trouvera peut-être un lien avec les résultats des élèves puisque parmi les pays dans lesquels le niveau moyen est le meilleur, on trouve aussi des pays qui ont de bons résultats dans Pisa : Japon et Finlande toujours, mais aussi Norvège, Pays-Bas, Belgique flamande ou encore Allemagne.

A contrario la Russie, l'Espagne ou l'Italie affichent un niveau en moyenne inférieur.

Mais alors comment un pays peut-il améliorer l'efficacité de son système ?

Comme on ne peut pas aller embaucher des enseignants japonais ou finlandais, il faut agir au niveau national. Et les réponses sont extrêmement simples selon Andres Schleicher : il faut faire ou refaire du métier d'enseignant une profession hautement respectée, donc le rendre aussi attractif intellectuellement que financièrement.

Et puis, dans les établissements, permettre un management qui favorise les progrès individuels et collectifs du corps enseignant.

Concrètement, c'est compliqué, puisque cela renvoie à la notion d'autonomie des établissements, afin de permettre de moduler les façons de travailler et les carrières en fonction des réalités locales.

Tout le problème en France est que la majorité des enseignants est extrêmement rétive à ce type d'approches. Beaucoup de professeurs craignent un management "à la tête du client". Il faut en outre sortir du système actuel de décompte du temps de travail.

Actuellement, il se définit en nombre d'heures d'enseignement stricto sensu – par exemple un enseignant certifié doit 18 heures hebdomadaires 36 semaines par an. Impossible de faire entrer dans le temps officiel tout ce qui tourne autour de l'accompagnement, du travail en équipe, de la conduite de projets, du tutorat, etc.

Ce sera un des objets du chantier de refonte du métier d'enseignant, qui vient d'être lancé par Vincent Peillon ?

Les sujets seront sur la table, mais le ministre a déjà fait savoir qu'il ne remettrait pas en cause l'architecture générale – il est vrai que cela serait vécu comme un casus belli par le Snes, le syndicat majoritaire dans les collèges et les lycées.

Donc tout est bloqué ?

Sauf à trouver l'équilibre pour lequel plaide Andreas Schleicher, entre flexibilité et sécurité de l'emploi. C'est un peu la flexisécurité appliquée au monde de l'enseignement. En fait, quand on regarde sur le terrain elle existe : dans bien des établissements, on s'organise de manière souple pour mener des projets, individualiser l'enseignement pour certains élèves, concevoir des dispositifs nouveaux.

Mais cela reste très lié à l'ambiance qui règne dans l'établissement, et à la confiance que les enseignants font au chef d'établissement.

Et puis cela renvoie aussi à des enjeux de formation des enseignants : selon Ken Robison, qui un des experts les plus influents au niveau mondial en matière d'innovation éducative, "si un supplément annuel de 5 % au budget de l'éducation était consacré au développement professionnel des enseignants, cela aurait un impact considérable sur la qualité de l'enseignement, de l'apprentissage et sur le niveau de tous les établissements scolaires."