Brignoles : le PS à son tour concurrencé par le FN

L'interview politique par Jean-François Achilli lundi 7 octobre 2013

" Nous
allons vers de gros gros problèmes ", confiait hier soir un poids lourd
socialiste. Ce qui s'est passé dans le Var sera au cœur de la réunion
hebdomadaire des chefs de la majorité à Matignon, en fin de journée, autour du
premier ministre Jean-Marc Ayrault. De
quoi parlons-nous ? Certes, d'une toute petite cantonale partielle,
minuscule, avec une abstention record, moins de sept mille votants sur plus de
vingt mille inscrits. Nous sommes dans ce sud-est, terre propice à la poussée
du Front National. Mais
gare aux symboles! Cela fait trois
fois, en six mois, que des élections partielles donnent lieu à un duel UMP-FN
au deuxième tour. Les deux législatives partielles de l'Oise en mars, et du
Lot-et-Garonne en juin. Et donc cette cantonale partielle à Brignoles. A chaque
fois, le contexte local est invoqué pour justifier la disqualification au premier
tour. L'Oise, c'était chez Mancel, fief de droite. Villeneuve-sur-Lot, c'était
l'affaire Cahuzac. Et à Brignoles, il n'y avait pas de candidat PS, et le
communiste et la verte se sont divisés. Tout ça est bien gentil : à la vérité,
les électeurs de gauche votent avec leurs pieds. Ils préfèrent rester chez eux.

C'est une manière de manifester leur
mécontentement ?

Il y a un parfum de vote
sanction qui ne dit pas son nom : certains ont pu être tentés par un vote
FN, il en a été question dans l'Oise. Mais dans leur immense majorité, les
électeurs socialistes manifestent leur mauvaise humeur en restant à la maison.
Mauvaise humeur quand Pierre Moscovici tend la main aux patrons, en renonçant à
certaines taxes. Mauvaise humeur de la gauche bobo qui ne supporte plus le
langage trop musclé de Manuel Valls. Mauvaise humeur de la gauche popu qui ne
voit ni le chômage baisser, ni les salaires augmenter. Une grande partie du bon
peuple de gauche n'a tout simplement plus envie de voter.

Le Parti Socialiste a sa part de
responsabilité ?

Le PS qui a porté François
Hollande à l'Elysée est aujourd'hui en panne de marqueurs, le mariage pour tous
mis à part. Et le parti se trompe peut-être de combat, du moins de méthode, se
désole un responsable du PS, qui reproche à Harlem Désir d'avoir ressuscité SOS
Racisme, en faisant de la lutte contre le FN le combat central du PS, là où il
faudrait peut-être mobiliser plus encore sur le social. Dans la ligne de
mire : le forum organisé samedi à Paris, baptisé " la République face
aux extrémismes ". Intention louable, mais aux antipodes des
préoccupations des Français. La méthode Valls, qui consiste à aller sur le
terrain là où le Front National prospère, semble au contraire plébiscitée par
les élus locaux.

Qu'est ce que ça va donner aux prochaines
municipales ?

Le Parti Socialiste va devoir
réviser son logiciel électoral, s'il veut prêter main forte à un président
confronté à une impopularité chronique. François Hollande, au fond, subit le
sort de n'importe quel président en temps de crise : les politiques
engagées ne peuvent porter leurs fruits que sur le long terme. Juste le temps
de perdre les élections intermédiaires. Vous y ajoutez quelques couacs fumeux.
Le scénario qui consistait à dire que le FN allait plomber la seule UMP a vécu.
Le PS est tout autant menacé. Le défi pour Harlem Désir est d'en faire une
machine de guerre. Sans cela, comme le dit un historique
du Parti Socialiste, " il y aura des Brignoles dans toute la France aux
municipales ".