Vincent : une victime qui ne voulait pas devenir bourreau

Cinq jours à la une mercredi 19 juin 2013
Vincent : une victime qui ne voulait pas devenir bourreau

Vincent Motais de Narbonne a un air timide et gêné. Le jeune homme de 24 ans sort pourtant de sa voiture en empoignant ses béquilles avec dextérité. Très entouré par sa famille, ses amis, sa compagne, il a appris à vivre avec les séquelles physiques et psychologiques.

Le 6 octobre 2004, sa vie a basculé lorsqu'il s'est fait attraper la jambe par un requin sur la plage de P'tit Paris à Saint-Pierre. Vincent a 15 ans à l'époque, et il prépare les championnats de France de bodyboard qui se déroulent deux semaines plus tard à Royan. "Mes copains n'ont pas réalisé tout de suite. Ils ont cru que je faisais une blague. Et quand ils ont vu les remous et le sang, ils ont compris", explique-t-il. 

Toujours l'amour de la mer

Vincent sait qu'il doit la vie à ses amis mais il va perdre sa jambe droite dans l'accident. Pourtant il n'a pas de souvenir de la douleur alors qu'il est resté conscient jusqu'à son retour sur la plage. Après deux semaines d'hôpital, il rentre chez lui mais le fils de pêcheur et amoureux de la mer attend avec impatience de refaire du bodyboard. "Je savais qu'il y avait le risque. J'assume. Je ne vais pas en vouloir aux requins quand même", insiste Vincent. 

En 2010, Pew Environnement, une grosse ONG, le contacte pour qu'il aille avec d'autres victimes plaider la cause des requins à l'ONU à New York. Elle souhaite faire interdire le fining, une technique de pêche qui consiste à couper l'aileron du requin et à le rejeter à la mer ensuite. Agé aujourd'hui de 24 ans, Vincent reste humble sur son expérience. Il ne prétend pas être un porte-parole pour les requins et pense que la solution à la Réunion n'est pas simple. 

Un délégation de victimes des requins à l\\\'ONU (Vincent au centre)
Pew Environment Maxppp

Un délégation de victimes des requins à l'ONU (Vincent au centre) © Maxppp Pew Environment