Les réseaux sociaux ou l'apprentissage de la démocratie en Turquie

La semaine des médias samedi 8 juin 2013
Les réseaux sociaux ou l'apprentissage de la démocratie en Turquie
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Dans le pays dans lequel le nombre de journalistes
emprisonnés est le plus important, la défiance de la population à l'égard des
médias est énorme
. De nombreux sujets étaient passés sous silence, comme par
exemple la question sensible du génocide arménien ou celle des kurdes, mais
avec un sujet qui se passe au cœur même d'Istanbul, sous leurs yeux, les
turcs se sont rendu compte que leurs médias ne faisaient pas leur travai
l.

Guillaume Perrier, correspondant du Monde à Istanbul et
auteur de La Turquie et le fantôme arménien aux éditions Actes Sud, raconte que les chaînes
d'information turques n'ont pas couvert les premiers jours de la contestation,
l'une d'elles, CNN-Türk, diffusant même le soir où la mobilisation était la
plus forte un documentaire sur les pingouins
. Aujourd'hui, le traitement est
plus journalistique mais on est quand même encore loin de la réalité du
terrain.

Les réseaux sociaux comme solution

Pour la jeunesse de Turquie, la solution a donc été de se
tourner vers les réseaux sociaux pour diffuser le plus d'informations possibles
: photos, liens internet, infos brutes. Dès le départ, les hastags, les mots
dièse ou mots clés de Twitter ont été diffusés et les utilisateurs engagés à
les utiliser.

Pour le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, les réseaux
sociaux sont "des fauteurs de troubles dans nos sociétés actuelles" et
le vice premier ministre, Bülent Arinç, critique lui le traitement de
l'actualité fait par les médias étrangers parlant de désinformation.

De fait, les réseaux sociaux et particulièrement Twitter
deviennent incontournables pour faire passer les idées de la contestation et
mettre en lumière ce qui se passe vraiment en Turquie.

Un apprentissage de la démocratie

Malheureusement, ils
peuvent aussi être vecteurs de fausses informations ou d'exagérations, comme
par exemple cette rumeur parlant de l'utilisation "d'agent orange" par
les forces de sécurité turques, le gaz utilisé par les États-Unis pendant la
guerre du Vietnam. Mais désormais, une auto-régulation se fait.

Les jeunes
manifestants font l'apprentissage de la démocratie par l'information, ce qu'ils
n'auraient pas à faire si les médias traditionnels faisaient leur travail.

Aujourd'hui, pour Guillaume Perrier, cette mobilisation
internet a permis de transmettre l'information et de mettre en lumière la
véritable situation en Turquie. Elle a sans doute également évité une
répression sanglante.

La Turquie et le fantôme arménien de Guillaume Perrier et Laure Marchand, aux éditions Actes Sud