Christian, 14 ans et demi, élève surdoué, bientôt expulsé ?

par Cécile Quéguiner samedi 22 septembre 2012 21:35, mis à jour le dimanche 23 septembre 2012 à 05h00
Christian, au travail, chez ses parents
Mathilde Lemaire Radio France

Ce Camerounais très précoce est en première année de médecine à Paris. Mais ses aptitudes hors du commun ne l'empêchent pas de risquer à tout moment d'être expulsé avec sa famille venue en France il y a dix ans.

Christian Etiti a cinq ans quand ses parents décident de quitter le Cameroun pour venir s'installer en France. Dès son arrivée, il se révèle surdoué et entre directement en CE2, à l'âge où l'on batifole encore en maternelle. En troisième au collège, il a dix ans. Puis passe son bac avec trois ans d'avance "sans travailler" en juin dernier. Depuis, il s'est inscrit à la faculté de médecine de Paris-Diderot. Son rêve : devenir docteur... en France.

Pourtant, après 10 ans en règle sur le territoire français, son père, Jean, électricien, n'a plus de papiers et ne peut plus travailler, malgré une promesse d'emploi. Il remplit à la lettre tous les critères de régularisation promis par le candidat François Hollande. Mais les lois en vigueur sont toujours celles du pouvoir précédent et les procédures gelées en préfecture. Le père de Christian, sous le coup d'une obligation à quitter le territoire français, peut donc être reconduit à la frontière à tout moment. Et sa famille avec lui. 

"Je n'ai aucun souvenir du Cameroun. Pour moi, c'est l'inconnu"

Rentrer dans son pays natal, Christian ne veut pas y songer. "Je n'ai aucun souvenir du Cameroun, raconte cet étudiant d'1,75 m au visage d'enfant, qui vit à Conflans Saint-Honorine dans les Yvelines, avec son petit frère et ses parents. Si je devais repartir là-bas, ce serait partir pour l'inconnu. C'est préoccupant de savoir que mon père peut être expulsé à tout moment et qu'on peut être obligé de tous repartir". Une préoccupation qui l'empêche, confie-t-il, de se consacrer pleinement à ses études.

Des études financées cette année par le Réseau Education sans frontière qui a pris fait et cause pour le garçon et sa famille. Son parrain à RESF, Denis, 70 ans, n'a pas pour habitude de se pencher sur les bulletins de notes de ses protégés, mais raconte avoir été soufflé par Christian dès leur première rencontre : "Pour son bac avec trois ans d'avance, il aurait dû avoir les félicitations du préfet plutôt que risquer de suivre son père dans une expulsion. Ce serait lamentable qu'on retrouve ce genre de jeune au Canada par exemple". Le maire socialiste de Conflans Saint-Honorine non plus n'entend pas voir partir son brillant administré de 14 ans et demi. Il vient d'écrire au ministre de l'Intérieur Manuel Valls pour lui demander d'aider à la régularisation de la famille.