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65% des métiers de demain n'existent pas. L'école est-elle prête ?

le Lundi 2 Décembre 2013 à 11:45
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Il y a dix jours vous nous annonciez la fin de l'école en 2045, à partir des travaux de prospective d'un think tank américain. On retourne, par étape, en 2045, mais cette fois l'école ne meurt pas...

Elle ne meurt pas mais elles profondément bouleversée. Je m'appuie cette fois sur un travail de prospective publié sur le site Regards sur le numérique de Microsoft, qui se fait l'écho d'une recherche menée par TFE Research et Michell Zappa sur l'impact des technologies sur l'éducation.

Première étape, elle nous conduit en 2016, c'est la " ludification ".

Néologisme français pour " gamification ", en gros le recours à des mécanismes venus du jeu. Vous savez que tout le monde court après le moteur du plaisir pour favoriser les apprentissages. Or si on joue c'est qu'on y prend plaisir mais aussi qu'il existe des dispositifs destinés à créer l'addiction.

Oui... Dans un jeu vidéo on vous récompense et on vous défie...

Exactement. Et ça peut se transposer facilement dans le système de notation ou d'évaluation par des systèmes de scores, de récompenses et de niveaux de progression. Les outils existent déjà :  jeux éducatifs ; systèmes de badges récompensant les acquis ; outils de programmation éducatifs...

Certains de ces outils sont utilisés en dehors de l'école, notamment sur les tablettes...

Oui. Et c'est la deuxième tendance, concomitante, et qui nous conduirait en 2018, celle dque les auteurs appellent " l'ouverture de l'information ". " Les pratiques éducatives ne se limitent plus à l'école, écrivent-ils : les contenus éducatifs se disséminent en dehors du " silo " physique de la classe, offrant aux élèves une évaluation de leurs apprentissages dans différentes dimensions de leur vie. " Exemples : les communautés scolaires en ligne, les leçons en vidéo, les boutiques en ligne d'applications éducatives, les didacticiels libres, les manuels scolaires numérisés..  Tout cela pouvant conduire à la fameuse classe inversée : vous apprenez les leçons en dehors de la classe, vous faites des travaux de groupe, des expériences, vous profitez de séances de tutorat dans l'établissement.

On va vers la classe numérique

Exactement. Les auteurs ne la voient pas comme un système planifié mais comme la somme de toute une série d'innovations : il " tend, disent-ils,à se disperser à travers toutes les facettes de la classe. Le numérique en classe, ce serait - du plus banal au plus exotique : 

- Des rétroprojecteurs 
- Des tableaux interactifs
- Du papier électronique et autres cahiers numériques
- Des tableaux de bord numériques des performances de la classe
- Des outils de cartographie des connaissances
- Des surfaces tactiles sur les bureaux des élèves ou les murs de la classe 
- Des technologies pour capter les mouvements de l'oeil, ou les signes d'attention, afin d'adapter les activités ou le rythme de la leçon au niveau de concentration ? "

A quelle échéance ?

2025. Cela veut dire que cela concernera au niveau du lycée les enfants qui sont actuellement en maternelle.

Et pour leurs petits frères et petites sœurs ?

A l'horizon 2035, ils annoncent la " désintermédiation ", scénario dans lequel une intelligence artificielle se charge de " personnaliser la leçon en fonction du niveau de chaque élève, pendant que le professeur se concentre sur l'enseignement ". Les technologies en jeu :les algorithmes générateurs de leçons, assurant également l'évaluation, distribuant des tâches éducatives et, au besoin, renvoyant l'élève vers le professeur, ou encore les plateformes d'apprentissage mobile, ou en téléprésence.

Au plan technologique, ça existe déjà. Pourquoi attendre si longtemps ?

Une des caractéristiques de ce travail, à mon sens, est qu'il prend en considération la lenteur d'appropriation du changement par l'institution.  Raison pour laquelle les auteurs sont beaucoup plus prudents que ceux qui prédisent la fin de l'école en 2045. Cette fois, selon eux, " la rupture entre réel et virtuel, relève d'un futur hypothétique, certainement beaucoup plus lointain, dans lequel l'accès à l'information serait détaché de toute contrainte physique ". Ils évoquent " des lunettes à réalité augmentée ? Des écrans rétiniens ? Une réalité virtuelle immersive ? " Mais disent-ils, à ce stade (les années 2030-2040), tous les scénarios sont possibles.

C'est la deuxième fois en quinze jours que vous vous faites l'écho de ces travaux de prospective. Pourquoi sont-ils aussi importants ?

Parce que l'idée qui domine dans le monde de l'innovation éducative aujourd'hui, c'est qu'il y a urgence. Les auteurs de cet article citent en introduction le Département d'Etat américain du Tarvail selon qui " 65% des écoliers d'aujourd'hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n'ont même pas encore été inventés ". " D'où la nécessité, commentent-ils, d'essayer d'anticiper la manière dont les technologies peuvent évoluer, et comment nous pourrons les intégrer dans nos écoles. " 

 

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Vos réactions sur cette info
Avatar de anonyme
Comment expliquer que toutes ces innovations n'aient pour l'instant abouti qu'à une baisse sensible de niveau? Les classes se sont remplies de numérique, mais les élèves ne savent pas mieux lire, ni écrire, ni compter. N'y a-t-il pas là un fétichisme de l'innovation, peu regardant sur les résultats?
Avatar de anonyme
Je pense à tous ceux qui se sont moqué du gouvernement qui, à la rentrée, penchait sur l'évolution d'ici 2025. J'ai bien pensé que pour une fois l'on essayait de devancer les problèmes plutôt que de les subir. Mais bon, le Hollande bashing n'est pas prêt de s'arrêter.
Avatar de anonyme
nortkin (anonyme) @ Antoine (anonyme),
Où avez-vous vu, dans les commentaires, une seule critique sur F.Hollande ???
Avatar de anonyme
Non, l'école n'est pas prête pour les métiers de demain, elle ne l'est déjà pas pour ceux d'aujourd'hui. Initier les enfants au numérique, c'est bien mais ils y viennent d'eux-même et mieux que leurs professeurs. Quand à l'enseignement "tout numérique", il ne faut pas rêver, c'est un rêve budgétaire de l'éducation nationale mais pour ce qui est de l'efficacité, vous repasserez. Prenons un exemple : la formation professionnelle. Les candidats sont censés connaître et comprendre les enjeux de leur démarche et être motivés, ce qui n'est, bien sûr, pas le cas pour une grande majorité à l'école. Deux possibilités : les cours en présentiel avec un formateur s'appuyant sur le numérique (ordi, vidéo-projecteur, supports de cours numériques, blogs,...) et la plateforme tutorat E-learning (tout numérique avec éventuellement audio conférence plusieurs fois / semaine). Le constat est simple, il faut être sacrément motivé et pro-actif pour réussir avec le tout numérique. A la moindre incompréhension, il est très dur de se rattraper malgré les outils prévus pour. Bonjour l'écrémage. Pour avoir pratiqué les 2 en tant que formateur, je vous donne mes chiffres : 87% de réussite à l'examen avec le présentiel contre 60% pour le tutorat E-learning. De plus, comme il s'agit d'un choix de la part des candidats, il est clair que ce ne sont pas les mêmes personnes. Si on ne proposait QUE le tout numérique, j'estime que l'on descendrait entre 30 et 40% de réussite. Même si l'on fait des améliorations dans les méthodes et la technique, cette dématérialisation de l'enseignement sera catastrophique pour les enfants, pour des raisons simples et humaines. Mais bon..., quelle économie pour le ministère. Et puis, ceux qui ont les moyens pourront toujours faire appel au privé, qui sera beaucoup plus cher, évidemment.
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