Aujourd'hui, DFDS-Louis Dreyfus inaugure une nouvelle liaison entre Calais et Douvres. Le nouvel opérateur a embauché des anciens SeaFrance. Mais combien ? que sont devenus les autres ? France Info révèle leur situation, avec le témoignage exclusif du liquidateur judiciaire de SeaFrance, Maître Stéphane Gorrias.
L'un des navires de SeaFrance dans le port de Calais © Radio France Isabelle Raymond
Aujourd'hui, 510 anciens salariés de SeaFrance sont officiellement au chômage. Ils ont signé un contrat de sécurisation professionnelle (CSP) qui leur assure 80% de leur salaire pendant un an. De quoi voir venir. Mais il est tout de même difficile pour la plupart d'accepter ce nouveau statut.
"Chercher un emploi sur Calais, ça va être très difficile." Un ancien SeaFrance
D'autant qu'il y a toujours cette étiquette qui leur colle à la peau. Celle de voleurs, à cause de soupçons de vols à bord des bateaux pendant des années. La presse locale se pose également des questions sur le suicide d'un intendant de bord sur un ferry il y a 15 ans. S'agirait-il d'un meurtre maquillé ?
Yannick a 45 ans, dont 24 à bord du ferry le Berlioz : "Les journaux, la presse locale nous ont ajouté deux lignes à notre CV, en tant que voleurs en bande organisée, et peut-être en tant que meurtrier. Avec ça, aller chercher un emploi sur Calais, ça va être très difficile".
La SNCF a reclassé 15 agents
La SNCF, ancienne maison mère, avait promis de reclasser le maximum d'anciens SeaFrance en interne. Elle dit avoir fait 760 offres. Mais à ce jour seuls 15 anciens SeaFrance ont été reclassés en interne. Ils ont tous postulé sur les mêmes emplois, les rares situés dans la région Nord-Pas de Calais. Ceux qui n'ont pas été retenus attendent toujours une réponse négative de la part de la SNCF. Même absence d'information concernant les indemnités de licenciement. Ils n'en connaissent pas le montant, n'ont rien reçu à ce jour.
Maryline, 44 ans dont 20 comme vendeuse à bord des bateaux, dénonce ce manque d'informations : "Il n'y a rien qui filtre. On se renseigne comme on peut, sur internet ou auprès des collègues. On a vraiment l'impression d'être les dindons de la farce. On a eu beau nous dire : ne vous inquiétez pas, on va s'occuper de vous, on va vous tirer d'affaire, ça n'a été qu'un effet d'annonce."

Stéphane Gorrias, le liquidateur de SeaFrance © Maxppp PHOTOPQR/Le Midi Libre/Alexis Bethune
Quelques-uns ont retrouvé du travail. Il commencent aujourd'hui sur le port de Calais avec une nouvelle liaison transmanche qui sera inaugurée à la mi-journée. Le danois DFDS s'est allié à l'armateur français Louis Dreyfus. Ils font la liaison Calais-Douvres avec un seul bateau pour commencer, deux dans quelques semaines, avec de nouvelles embauches à la clé.
Non-syndiqués, plus facilement embauchés ?
Emilie fait partie des heureux élus. La jeune femme est ce qu'on appelle une "sédentaire", c'est à dire qu'elle travaille à terre. Sans doute le fait qu'Emilie faisait partie des non-syndiqués de SeaFrance a-t-il joué. Le collectif a toujours été favorable au mariage DFDS-Louis Dreyfus, contrairement à beaucoup d'anciens salariés et au syndicat majoritaire, la CFDT. Ce qu'elle a fait pendant neuf ans chez SeaFrance (vente des billets, enregistrement des véhicules), elle va le faire dès aujourd'hui pour le nouvel opérateur, et en CDI.

La nouvelle billetterie en chantier, siglée DFDS et Louis-Dreyfus Lines © Radio France Isabelle Raymond
Mais combien sont dans le cas d'Emilie ? Selon Louis Dreyfus Armateur, 115. Son président, Gildas Maire, compte "120 embauches. Parmi elles, 115 sont des anciens salariés de SeaFrance."
Trois fois moins d'embauches chez LD, selon le liquidateur
C'est faux, rétorque l'administrateur judiciaire de SeaFrance, Maître Stéphane Gorrias en exclusivité sur France Info : "Aujourd'hui, Louis Dreyfus est venu avec un bateau qui est déjà armé et embauche le personnel sédentaire nécessaire, donc il y a bien 35 salariés SeaFrance qui ont été embauchés à ce jour."
Le liquidateur judiciaire de SeaFrance ajoute que la venue de DFDS-Louis Dreyfus va compliquer l'arrivée d'un exploitant qui embaucherait des anciens SeaFrance et rachèterait les ferries de la compagnie maritime. La vente des quatre bateaux a été confiée en début de semaine à un courtier. Prix estimé total : 150 millions d'euros. Eurotunnel se dit intéressé par le rachat de trois bateaux que l'exploitant du tunnel sous la Manche louerait ensuite aux anciens salariés de SeaFrance regroupés en coopérative.

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