Après plusieurs heures de rumeurs, l'information a finalement été confirmée peu après 20h hier soir par le ministre de l'Economie François Baroin. Le communiqué dé S&P n'a été publié lui que trois heures plus tard.Il explique cette décision de dégradation pour la France et laisse entendre que d'autres pourraient suivre.
"Standard & Poor's abaisse sa note de crédit souveraine à long terme sur la République française à AA+. Nous affirmons simultanément notre note souveraine à court terme de la France à A-1+. Cet abaissement de la note reflète l'impact de l'intensification des problèmes politiques, financiers et monétaires dans la zone euro, au sein de laquelle la France est étroitement intégrée. La perspective sur la note à long terme est négative. (...) Les conclusions du sommet de l'Union européenne du 9 décembre 2011 et les communiqués des décideurs politiques qui ont suivi nous ont conduits à penserque l'accord ne représentait pas une percée d'une importance et d'une ampleur suffisantes pour répondre entièrement aux problèmes financiers de la zone euro.
Pour nous, l'accord atteint au niveau politique n'apporte pas assez de ressources ou de flexibilité opérationnelle supplémentaires pour renforcer les opérations européennes de sauvetage ou pour soutenir suffisamment les pays dela zone euro soumis à un accroissement des pressions des marchés.
Nous estimons également que l'accord repose sur une vision seulement partielle des origines de la crise (que la crise financière actuelle vient essentiellement du gaspillage budgétaire à la périphérie de la zone euro). Pournous toutefois, les problèmes budgétaires que la zone euro doit affronter sonttout autant la conséquence de l'accentuation des déséquilibres et desdivergences en matière de compétitivité entre le coeur de la zone euro et sa prétendue "périphérie". A cet égard, nous estimons qu'une réforme reposant sur le seul pilier de l'austérité budgétaire pourrait avoir un effet contraire à ses intentions, avec une chute de la demande intérieure résultant de la montéedes préoccupations des consommateurs sur l'emploi et leurs revenus disponibles, avec pour conséquence une érosion des recettes fiscales nationales.
En conséquence (...), nous avons ajusté à la baisse la note accordée à la politique de la France (...). Ceci reflète le fait que l'efficacité, la stabilité et la prévisibilité de la politique et des institutions politiques européennes ne sont pas aussi solides qu'il le faudrait au regard de la sévérité d'une crise qui s'étend et s'approfondit dans la zone euro.
Les notes de la France continuent pour nous à refléter son économie riche, diversifiée et solide, ainsi que sa force de travail hautement qualifiée et productive. Mais pour nous, le niveau relativement élevé de la dette publique, ainsi que les rigidités de son marché du travail compensent en partie cesatouts. Nous avons noté que le gouvernement s'attaque toutefois à ces problèmes, via sa stratégie de renforcement budgétaire et des réformes structurelles.
La perspective de la note à long terme de la France est négative, ce qui indique qu'il y a une chance sur trois que nous puissions l'abaisser encore en 2012 ou 2013 si:
- ses finances publiques devaient dévier du chemin tracé en matière deconsolidation budgétaire. Les mesures budgétaires annoncées à ce jour par le gouvernement français pourraient être insuffisantes pour respecter les objectifs de déficit en 2012 et 2013 au cas où la croissance tomberait sous lesactuelles prévisions de 1% et 2%, respectivement. Si le déficit public de laFrance devait rester proche de ses niveaux actuels, conduisant à uneaugmentation graduelle de la dette publique nette au delà de 100% du PIB (contre juste au dessus de 80% actuellement) ou si la croissance économique devait rester faible pour une période prolongée, cela pourrait conduire à unabaissement (de la note) d'un cran.
- si une intensification des risques financiers et économiques dans la zoneeuro devait conduire à une augmentation significative de ses engagements ou àune aggravation de ses conditions de financement extérieur.
Inversement, ses notes pourraient se stabiliser à leur niveau actuel si lespouvoirs publics réussissent à réduire encore le déficit public de manière àstabiliser le ratio de la dette publique (vis à vis du PIB) dans les deux à trois prochaines années et à mettre en oeuvre des réformes favorisant lacroissance économique.

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