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"Toute ma vie, j'ai vu fermer des hauts fourneaux"

le Mercredi 17 Octobre 2012 à 05:25
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Cinq jours à la Une en Lorraine toute cette semaine, sur le thème de l'emploi si difficile à sauvegarder dans cette région frappée de plein fouet par la désindustrialisation. Le symbole évidemment de ce secteur en sursis, ce sont les deux hauts-fourneaux d'ArcelorMittal à Florange, les deux derniers de Lorraine, dont le géant indien a annoncé l'arrêt définitif au 1er décembre si aucun repreneur ne se manifeste. Rencontre avec un des sidérurgistes menacés à Florange. Il s'appelle Yves, a 59 ans. Depuis le début de sa carrière, il n'a fait qu'assister à des fermetures d'aciéries.

Yves Fabri, 59 ans devant les hauts fourneaux de Florange, sérieusement menacés d'extinction. © Radio France - Mathilde Lemaire

Il nous donne rendez-vous à l'entrée du site et sans attendre nous emmène au plus près de cette aciérie de Florange qui lui est si chère. A l'arrêt temporaire en attendant une extinction définitive, les hauts fourneaux n'émettent plus qu'un faible bruit. Yves lève les yeux sur cet enchevêtrement multicolore de réservoirs, de tuyaux et cheminées de plusieurs dizaines de mètres de hauteur.

"C'est un chef d'œuvre, c'est beau, même si aujourd'hui il n'y a plus de fumée là-haut au dessus de la cloche. Ca, c'est désolant parce que sous nos yeux c'est le patrimoine de la région qui est en train de s'éteindre. C'est le savoir-faire de générations et générations de salariés. C'est triste de voir ça de parce qu'une installation comme celle-là est faite pour tourner à plein régime", explique Yves. Et il s'émerveille :

"Le haut fourneau, c'est le cœur de la sidérurgie. C'est là qu'on fait fondre le minerai de fer, et quand il coule, c''est du bonheur. On sait qu'avec ça, on va faire de l'acier. Et avec l'acier, on va faire des automobiles, de l'électroménager, on va procurer du confort. C'est magique."

Yves qui cite comme référence la chanson de Bernard Lavilliers que les enceintes de la sono crachent à chaque cortège des Arcelor. Une chanson écrite par un ancien ouvrier pour des ouvriers sidérurgistes tellement fiers de leur métier.

Les hauts-fourneaux s'éteignent tour à tour

Pour lui, rien n'a plus de poésie que les laminoirs sous le soleil avare de Lorraine. "L'acier rouge, c'est comme s'il coulait dans nos veines", a t-il l'habitude de dire avec ses collègues de la CGT, le syndicat auquel il a adhéré très jeune. Tout au long de sa carrière, Yves  - petit fils d'un mineur italien mort au fond de la fosse  -  a vu s'éteindre des hauts-fourneaux.

"Je suis entrée dans les années 70 au haut fourneau d'Homécourt en Meurthe et Moselle. J'avais 16 ans. Ensuite ils ont commencé à supprimer des postes. J'ai dû partir à Joeuf. Là, j'ai assisté à la fermeture de magnifiques hauts fourneaux. J'ai été prêté à Gandrange. Je voulais rester à Gandrange même si c'était en Moselle. Mais là aussi, les machines ont été mises à l'arrêt. J'ai atterri chez Solac à Florange. Solac est devenu Arcelor, puis ArcelorMittal. Et je suis toujours là. J'ai toujours réussi à retomber sur mes pattes. Mais là, ce qui se passe est différent", commente Yves qui pense aux jeunes :

" Les jeunes qui seront licenciés  n'auront aucun site sur lequel se reporter. C'est la fin de l'Histoire, même si on n'est pas décidés à s'y résoudre." 

Depuis 14 mois, il n'a pas manqué une seule des manifestations contre la fermeture des hauts-fourneaux de Florange. Il est même à la commande quand il s'agit de se mobiliser. Les rassemblements, c'est  l'occasion à chaque fois de retrouver ses copains du travail. "Mes petits et mes grands frères", dit-il.

"La sidérurgie c'est l'apprentissage de la solidarité, de la fraternité. Quand on travaille sur des outils comme ceux-là, avec les dangers qu'on connaît à cause de l'acier en fusion partout, il n' ya pas de place pour les différends et les conflits. Il n'y a plus de race, plus de chef. On est obligé d'avoir tous besoin l'un de l'autre. C'est une famille ici !", raconte le sidérurgiste en fin de carrière.

"La majorité de mes aînés a disparu" (Yves)

Le métier est des plus difficiles en effet. Yves le sait bien. Il a perdu le pouce de la main gauche  sur le premier site sur lequel il a travaillé. Il n'avait même pas 30 ans.

"C'était sur des câbles de sondes, en enlevant mes bouteilles d'oxygène, j'ai été happé par un de ces câbles. En 2007, on a un camarade qui est mort sur une ligne de production. Un autre un peu plus tard, a eu la tête écrasée. On a une espérance de vie qui est moindre que les autres. On a aussi travaillé beaucoup avec l'amiante. J'ai scié, meulé des joints en amiante pendant des années. On ne savait pas que c'était dangereux à l'époque. On jouait même avec la poudre que cela formait, comme si c'était de la neige. Le résultat on le connait aujourd'hui. La majorité de ceux qui étaient mes aînés, ceux qui devraient avoir autour de 70 ou 75 ans...presque tous ont disparu aujourd'hui", conclut Yves.

Tout ce que raconte Yves sur son métier, sa vie d'ouvrier des hauts fourneaux et l'avenir bien sombre de la filière, tout cela n'est pas  forcément réjouissant. Mais celui qui promet d'avoir toujours 20 ans dans son cœur garde un sourire d'enfant. Dans un an il sera en retraite. Mais même après, il promet de venir défendre les copains plus jeunes dont l'emploi est menacé.

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Je travaillais sur les hauts-fourneaux de Liège en Belgique. Quand on travaille sur un haut-fourneau , c'est exactement comme le dit Yves. La fierté de faire un métier parfois difficile , la solidarité , la fraternité et le sentiment d'être une famille. La beauté d'une coulée sur le plancher. Mittal est passé par chez nous .Il a fait beaucoup de promesses, nous avons fait les sacrifices. Il a raflé tout ce qui l'intéressait et il ferme nos hauts-fourneaux. C'est très difficile à vivre car nous sommes très attaché à nos outils. Si Yves le désire , il peut visiter mon blog : http://haut-fourneau06.skyrock.com/ Il y reverra des images et des vidéos qui lui rappelleront bien des souvenirs. Pierre , un fondeur Belge