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Naples : patrimoine en danger

le Mardi 3 Juillet 2012 à 06:22
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Toute cette semaine, France Info promène ses micros dans l'Europe en crise. Nouvelle étape aujourd'hui en Italie, où l'Etat n'a plus les moyens de sauvegarder son patrimoine et sa culture. Reportage à Naples d'Isabelle Labeyrie.

A Pompéi, de nombreux sites sont fermés au public. Ils sont en cours de restauration depuis de nombreuses années © Radio France - Isabelle Labeyrie

Il était devenu une bulle d'oxygène dans un quartier emmuré de pauvreté. Mais les subventions s'arrêtent et le musée d'art contemporain de Casoria va devoir fermer ses portes. En signe de protestation, son directeur a décidé de mettre le feu chaque semaine à l'une des œuvres avant d'en exposer les restes.
En trois ans, le budget du ministère de la culture a été amputé d'un tiers. En période de récession, c'est toujours l'art qui trinque, dit Antonio Manfredi : "On a besoin de l'aide de l'Etat. Si on n'a plus de subventions, et que les sponsors privés sont de moins en moins nombreux, ces oeuvres finiront dans un sous-sol. Puisqu'elles sont destinées à mourir, autant le faire de façon visible. On ne peut pas accepter cette destruction sans rien faire".

Quelques stations de RER au sud de Naples, voici Pompéi, l'un des plus grands sites archéologiques au monde, classé au patrimoine de l'Unesco. L'Etat n'a plus les moyens d'entretenir les villas et leurs mosaïques, ensevelies en l'an 79 sous les cendres du Vésuve : les murs s'écroulent, les enduits se transforment en poussière et les mauvaises herbes envahissent les ruines.

 

"on n'a pas conscience de la valeur de notre patrimoine"

Antonio Irlando, président de l'Observatoire du Patrimoine, sillonne le site plusieurs fois par semaine : "Pour chaque effondrement rendu public, il y en a 9 qui ne sont jamais connus. La situation est hors de contrôle. Le problème c'est que les ouvriers qui partent à la retraite ne sont plus remplacés. Tout ça c'est très révélateur. En Italie, on n'a pas conscience de la valeur de notre patrimoine."


Pour sauver Pompéi, l'Italie vient d'obtenir une aide européenne de 105 millions d'euros. Mais parmi les guides, beaucoup doutent, comme Elvira, de l'efficacité de ce projet, car la crise n'a fait qu'accentuer les maux endémiques de l'Italie du sud : détournements de fonds, corruption, Mafia et bureaucratie. "Ils ont obtenu de l'argent, peut-être, mais personne n'est là pour contrôler la façon dont ils le dépensent. Or ce sont des voleurs de la pire espèce, vous savez ! On est dans une sale situation".

L'Etat est pourtant bien décidé à faire les choses dans les règles. S'il veut montrer que Pompéi est un investissement sûr, c'est surtout pour les sponsors privés, les seuls encore capables en temps de crise, de soutenir de tels projets. A Rome, c'est le roi de la chaussure italienne qui devrait ainsi sauver le Colisée.

Antonio Manfredi, directeur du Musée de Casoria, devant les oeuvres brûlées.jpg © Radio France Isabelle Labeyrie

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