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De Shenzen à Montceau-les-Mines, l'histoire d'une relocalisation

le Jeudi 5 Septembre 2013 à 05:20
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Un nouvel épisode du feuilleton de France Info à la découverte des produits "stars" de la rentrée des classes. Après le stylo bille, le cartable, et le papier recyclé, nous nous intéressons aux tablettes tactiles, aux tablettes numériques. Dans les prochaines années, tous les élèves devraient en être équipés. Focus sur l'une des rares tablettes fabriquées en France. Elle est dédiée aux collégiens. 

La chaîne de production de la tablette "made in Saône-et-Loire" © Radio France - Mathilde Lemaire

C'est l'histoire de deux frères qui faisaient fabriquer leur tablette numérique dans le sud de la Chine, à Shenzen. Mais à cause des complications de production, et des trop importants délais de livraison, ils ont choisi de relocaliser leur production en Saône-et- Loire. C'était il y a deux ans et Jean-Yves Hepp l'aîné des deux patrons de la société "Unowhy" explique qu'il ne regrette absolument rien.

"On a gagné en efficacité de production, et de distribution aux clients. C'est toujours plus rassurant de savoir qu'on peut se rendre en moins de deux heures sur notre site de fabrication", explique-t-il.

S'il a fait ce choix avec son jeune frère et associé, c'est aussi ajoute le chef d'entreprise "par conviction personnelle".

"J'en avais assez d'entendre des gens dire qu'on ne peut rien entreprendre en France, j'ai voulu prouver le contraire. Et puis j'ai trois enfants, je voulais leur prouver aussi à eux qu'il existe des perspectives d'avenir dans leur pays", commente Jean-Yves Hepp.

La tablette est donc maintenant produite dans une usine de Montceau-les-Mines en Bourgogne. Il s'agit d'une usine du groupe Eolane qui produit sur place également d'autres produits numériques, électroniques pour des dizaines de clients différents.

Relocalisation dit automatisation

Sur la chaine de la tablette de la société Unowhy, il y a en permanence cinq à dix ouvriers et techniciens. "L'équipe est capable de produire en ce moment une tablette toutes les deux minutes et demi pour répondre aux pics de demande des clients", explique le directeur du site Bertrand Decrocq. Quand la tablette était produite en Chine, les ouvriers qui la produisaient étaient bien plus nombreux, la chaîne bien plus longue.

Au moment où la production de la tablette numérique a été rapatriée de Chine en France, le procédé de fabrication a été entièrement repensé. Il a fallu notamment automatiser une grande partie de la fabrication.

Marie-Hélène, ouvrière qualifiée en bout de chaîne, sait bien que c'est parce que les choses ont été repensées qu'elle n'a que 3 vis à serrer pour achever la tablette. Il en fallait 13 dans l'usine de Shenzen.

Cette tablette "made in France" était spécialisée en cuisine au départ. Son nom : Qooq. Une tablette à destination des amateurs de cuisine plus ou moins aguerris. Mais désormais, une version dédiée à l'Education nationale a vu le jour, baptisée Ted.

"Nous n'avons pas beaucoup modifié l'appareil en lui même car les collégiens comme les cuisiniers ont besoin de pouvoir malmener un peu leurs tablettes. Elle ne doit pas être trop fragile. C'est donc idéal qu'elle ait quatre pieds, et aussi un écran en verre 60 % plus épais que sur les autres tablettes du marché", dit Guillaume Hepp le frère cadet chargé du développement des produits.

Si le contenant se veut adapté à l'Education nationale, le contenu l'est aussi. Dès qu'on allume la tablette Ted, la page d'accueil est une page tout à fait identifiée comme "scolaire". Pas question d'applications, de jeux ou de réseaux sociaux qui pourraient déconcentrer les élèves. Non, dès l'allumage, on découvre des onglets pour toutes les matières, les exercices de l'élève, son emploi du temps et d'autres choses tout aussi sérieuses. Les contenus peuvent être créés en permanence par les enseignants eux-mêmes, qui gardent donc la main.

Un micro et un casque pour s'enregistrer en anglais 

Elise Jack professeur d'anglais expérimente la tablette Ted depuis un an avec ses élèves de 6ème © Radio France Mathilde Lemaire

De quoi séduire plutôt les professeurs qui l'expérimentent depuis un an dans plusieurs collèges de Saône-et-Loire, le département précisément où cette tablette est fabriquée. Le conseil général en encourageant les concepteurs de cette tablette Ted a le sentiment d'agir sur deux tableaux à la fois: la création d'emplois locaux, et un meilleur équipement de ses collégiens.

Elise Jack est professeur d'anglais au collège Jean-Vilar de Chalon-sur-Saône. Depuis l'an passé, ses élèves de 6ème sont équipés de cette tablette. Elle explique que cela a révolutionné son cours.

"J'allume mon ordinateur. Eux allument leurs tablettes. Et je les vois instantanément apparaître sur mon écran. Ils entament les exercices que j'ai créés et entrés pour eux dans la tablette. Et je sais où ils en sont", raconte l'enseignante qui diffuse pour faire sa démonstration un document audio, racontant l'histoire d'un certain James qui souhaite devenir acteur !

"Le vrai plus en langues vivantes, c'est que les élèves ont avec leurs tablettes un micro et un casque. A chaque question, tous sont comme dans leurs petites bulles et répondent en enregistrant chacun leurs prises de parole dans leurs coins. Moi le soir, je corrige chez moi toutes ces productions orales. Cela permet aux élèves de dépasser leur timidité. Beaucoup n'osaient pas s'exprimer d'habitude", ajoute la jeune femme conquise. Elise Jack reconnait toutefois qu'il est trop tôt pour dresser un bilan quand aux effets de la tablette sur la progression des élèves.

Cette tablette tactile 100 % Française et 100 % "Education nationale" doit faire face à la concurrence des tablettes bien connue des géants américains et coréens. Eux aussi cherchent à se placer sur ce marché juteux des établissements scolaires et mènent en ce moment un lobbying important auprès des élus des différentes collectivités. Il y a potentiellement - rien qu'en France - douze millions d'élèves à équiper dans les toutes prochaines années.

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