Un foyer grec sur deux menacé d'insolvabilité

par Nicolas Richaud dimanche 10 février 2013 10:22
Reuters

Après près de trois ans d'austérité, la majorité de la population grecque est exsangue financièrement et peine à rembourser ses dettes. Selon une étude de la confédération des PME publiée ce jeudi, la moitié des ménages grecs connaissent des difficultés grandissantes à payer leurs factures, emprunts et autres.

Trop d'austérité tue l'austérité.
En Grèce, selon une enquête publiée ce jeudi par la fédération des petites et
moyennes entreprises GSEVEE et l'institut de sondage Marc, près de la moitié
des ménages ont des difficultés à boucler leurs fin de mois, s'acquitter de leurs impôts et à rembourser leurs prêts immobiliers.

"Les ménages et les
consommateurs ont atteint leurs limites financières
", peut-on lire dans l'étude.

"Ils ne peuvent plus supporter de nouvelles augmentations d'impôts, des tarifs de l'électricité ou une nouvelle baisse de revenus", poursuit la GSEVEE.

La politique d'austérité et
les plans de rigueur successifs menés par le gouvernement (hausse des taxes,
baisse du salaire des fonctionnaires...), en échange de plans de sauvetage
internationaux  commandités par la troïka
– UE, FMI, BCE – pèsent lourd sur le pouvoir d'achat des grecs.

Une situation risquée pour les finances de l'Etat

  • 90
    % des ménages ont vu leurs revenus baisser de 38% depuis le début de la crise
    en 2009
  • 90
    % des personnes interrogées confient avoir diminué leurs achats de vêtements et
    leurs dépenses de loisir
  • 80%
    se chauffent et se déplacent moins qu'avant
  • plus
    de la moitié des personnes interrogées lors de cette étude ont emprunté de l'argent
    à des proches afin d'équilibrer leurs comptes à la fin de l'année 2012

Un foyer sur deux ne peut plus payer ses impôts La correspondance d'Angélique Kourounis à Athènes (00:01:00)
 

"Dans les fins de mois, ce qui est le plus dur, c'est les 30 derniers jours", disait Coluche. Une situation que connaissent aujourd'hui de nombreux ménages grecs et qui n'est pas sans risque pour les caisses de l'Etat. 

Cette étude met effectivement en doute la capacité du gouvernement à tenir ses objectifs de rentrées fiscales et par là même de déficit annuel. "La baisse des revenus et la
sur-imposition conduit à un relâchement de l'éthique fiscal et le risque d'une
baisse des recettes de l'Etat est visible
", poursuit l'étude.  

Un déficit en 2013 moins élevé que prévu ?

Un risque que ne sous-estime
pas le président de la République grec. S'adressant aux créanciers du pays, Kàrolos
Papoùlias a déclaré : "Si vous voulez
imposer d'autres mesures, il faudra aussi trouver un autre peuple à qui les
imposer
", tandis que pour le seul mois de janvier les rentrées fiscales ont
chuté de 7%. L'équivalent de plus de 300 millions d'euros que le gouvernement devra trouver
d'une manière ou d'une autre.

Vendredi, le gouvernement
grec a pourtant annoncé tabler sur un déficit annuel de 4,3 % du PIB en 2013
contre l'objectif initial de 5,5%. Une révision qui "atteste d'une claire
amélioration
" des performances budgétaires de la Grèce, a indiqué une
source du ministère grec. Pas de quoi redonner le sourire à la population. Pour
2013, 54 % des ménages prédisent qu'ils ne parviendront pas à payer tout ce qu'ils
doivent.