Quand la région Ile-de-France délocalise un centre d'appel téléphonique... au Maroc

par Guillaume Gaven vendredi 27 juillet 2012 13:14, mis à jour le vendredi 27 juillet 2012 à 17h30
IP3 PRESS/ Christophe Morin Maxppp

Pour ses relations clients, le Stif, qui organise les transports dans la région, a choisi, après appel d'offres, un prestataire disposant d'une plate-forme téléphonique au Maroc. Arnaud Montebourg a demandé à la région de reconsidérer sa position ; Jean-Paul Huchon dit ne pas avoir eu le choix. Le candidat malchanceux, qui avait promis de maintenir les emplois en France, avait en fait proposé de délocaliser... en Roumanie ! C'est une information exclusive.

C'est l'histoire d'un banal marché public, passé selon les règles en vigueur, mais qui prend un relief particulier vu la situation sociale en France : la région Ile-de-France a choisi le 11 juillet dernier, pour ses transports, de confier l'assistance téléphonique à un prestataire qui dispose d'un centre au Maroc.

Polémique en vue. L'entreprise qui détenait jusque-là le marché menace de devoir licencier 80 personnes. Arnaud Montebourg, très présent ces derniers jours, monte au créneau. Le ministre du Redressement productif demande à Jean-Paul Huchon, président de la région, de "reconsidérer" cette décision. "Nous nous battons pour relocaliser des emplois, ce n'est pas pour accepter qu'on les délocalise."

Les passations de marchés publics sur le grill

Jean-Paul Huchon se défend. Explique qu'il n'y peut rien, que l'appel d'offres a été passé dans les règles. "La rédaction actuelle du code des marchés publics, issue des directives européennes, ne permet pas de favoriser l'exécution de prestations sur le territoire national, voire européen". Il dit lui avoir écrit pour demander de modifier la loi. 

Bref, statu quo. Sauf que le président de la République s'en mêle : "il y a des règles en matière de marchés publics, elles ont été respectées", tranche François Hollande, "pas favorable à une surenchère protectionniste". Mais tout de même : "Je demande à tous les responsables publics d'être très attentifs, chaque fois qu'il est possible, en fonction des règles (...) qu'il y ait un choix qui puisse être favorable au travail en France."

Du coup, quelques heures plus tard, Jean-Paul Huchon a fait savoir, dans un communiqué, qu'il étudierait "toutes les voies légales possibles" pour faire face à cette situation.

La droite, elle, savoure ce cafouillage. Valérie Pécresse rappelle que l'UMP avait voté contre cette décision. Pour la chef de file de l'opposition à la région, "une nouvelle fois, la gauche est prise en flagrant délit de contradiction, comme on a pu le voir sur le dossier de soutien à l'industrie automobile".

Manipulation

La polémique n'est pas terminée. Il semble même qu'une nouvelle polémique se développe à l'intérieur de la première. Car l'entreprise qui n'a pas été retenue par l'appel d'offres, celle qui gérait auparavant le centre d'appels, Webhelp, avait elle aussi proposé d'avoir recours à 50 salariés... en Roumanie !

Le chantage à l'emploi français a bon dos. D'autant qu'entretemps Webhelp a remporté un autre appel d'offres, toujours avec le Stif, celui de la carte Imagine'R.

"Dans l'offre qui n'a pas été retenue, il y avait une délocalisation de 50 personnes en Roumanie", relativise le Stif  
Philippe Sainsard, l'administrateur du Stif, répond à Isabelle Chaillou

Et l'histoire ne s'arrêtera pas là : Webhelp a fait savoir en fin de journée qu'elle avait décidé d'attaquer l'attribution du marché en justice - en référé. Le patron, Frédéric Jousset, fait état de vices de procédure.

Webhelp vs Stif : parole contre parole - reportage d'Isabelle Chaillou  
 

Affaire Webhelp / Stif : la polémique politique - Yannick Falt