PSA ou la partie émergée de la déprime de l'automobile française

par Grégoire Lecalot vendredi 13 juillet 2012 01:41, mis à jour le vendredi 13 juillet 2012 à 09h01
Eric Gaillard Reuters

Les déboires de PSA Peugeot Citroën, qui a annoncé jeudi la suppression de 8.000 postes supplémentaires et la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois, révèlent les difficultés du secteur automobile français, et au delà de la plupart des marques européennes. Les constructeurs français souffrent à la fois d'un problème de positionnement de leur gamme et d'une dépendance au marché européen, en forte contraction.

La marque au losange a dû réduire ses ambitions. Après une bonne année 2011, Renault espérait faire mieux encore en 2012. Mais, entre temps, le marché européen s'est effondré. Là où les observateurs espéraient un recul de 3 à 4%, ils voient aujourd'hui une baisse des ventes de 6 à 7% sur le vieux continent. Et c'est précisement là que se trouve le coeur de cible des constructeurs automobiles français. Résultat, en 2004 les sites automobiles de l'Hexagone produisaient 3,2 millions de véhicules, et 2,6 seulement l'an dernier. Seule l'usine Toyota de Valenciennes continue à tourner à plein régime.

PSA Peugeot Citroën, dont le plan de restructuration a fait frissonner toute la France jeudi, est le premier à pâtir de la situation. Le numéro un français du secteur est le plus euro-dépendant : au premier semestre, il a réalisé 60% de ses ventes en Europe au premier semestre 2012. Le groupe a trop traîné à investir sur les marchés émergeants, et ses ventes mondiales s'écroulent de 13%.

Dacia, l'atout de Renault

Renault a mieux su tirer son épingle du jeu, même si les ventes du groupe reculent de 3,3%. Six de ses dix plus gros marchés sont situés en dehors de l'Europe, qui ne représente "que" 53% de ses ventes au premier semestre 2012, contre 61% un an plus tôt. Le Brésil, l'Argentine, la Russie sont des gros clients.

Autre atout dans la manche du numéro deux français, sa filiale Dacia, qui lui permet de s'asseoir sur le marché des véhicules à bas-coût. Ses ventes progressent de 2,5% quand celles de la maison-mère reculent de 2,4%. Dacia permet de compenser d'une des faiblesses de l'industrie automobile française : son positionnement sur les petites et moyennes voitures. La concurrence japonaise puis sud-coréenne a rendu le marché très difficile, d'autant que la rentabilité de ces modèles est faible. D'où les délocalisations de fabrication en République tchèque et en Slovaquie (Renault) ou en Slovénie et en Turquie (PSA).

Un plan d'aide pour la filière automobile

C'est dans ce contexte que le gouvernement doit présenter son plan d'aide pour la filière automobile française le 25 juillet. Le précédent plan, avec la prime à la casse, était parvenu à la placer sous assistance respiratoire. Son arrivée à échéance a laissé les constructeurs face aux réalités de la crise, qui pèse sur le consommateur européen.

Mais l'industrie automobile française n'est pas la seule à souffrir en Europe de l'Ouest. L'Italie, l'Espagne et dans une moindre mesure, la Grande-Bretagne sont dans le même cas. Seule l'Allemagne affiche une insolente réussite : 6,3 millions de véhicules produits, contre 5,7 millions il y a dix ans. Le marché est porté par les automobiles haut de gamme, qui se vend bien, et avec de belles marges. Cumulant les bons points, les Allemands exportent dans le monde entier, surtout en Chine. Ainsi BMW progresse-t-elle de 6,4%, Audi de 14% et Porsche de 13%. Opel, dans la gamme est plus proche des constructeurs français, fait figure d'exception.