La reprise des hauts fourneaux d'ArcelorMittal à Florange est-elle possible ?

par Cécile Quéguiner vendredi 28 septembre 2012 00:06
Le site d'ArcelorMittal à Florange souffre de sa localisation, loin de la mer
JB Le Quere Maxppp

Objectif du gouvernement : convaincre ArcelorMittal d'accepter un repreneur pour les hauts fourneaux de Florange qu'il veut fermer. Mais Jean-Marc Ayrault, le premier, a affirmé sur France 2 ne pas pouvoir le garantir. Et quand bien même, y a-t-il vraiment des candidats à la reprise ?

La proposition de loi devrait être déposée la semaine prochaine. "Le gouvernement est prêt à l'inscrire à l'ordre du jour", a déclaré le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, sur France 2. De quoi s'agit-il ? De cette règle, promise par François Hollande pendant sa campagne, qui vient de trouver parfaite application en Lorraine, sur le site sinistré de Florange : l'obligation pour toute société qui envisage de se débarrasser d'une usine de chercher un repreneur plutôt que de le fermer. Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée, aurait déjà préparé le texte. "Le bras-de-fer commence", est venu dire Arnaud Montebourg aux salariés de l'usine. Mais entre l'injonction et la cession, il y a un monde.

Pourquoi ArcelorMittal s'oppose à cette reprise ?

Le groupe fait valoir deux arguments, pour ne pas céder ces deux hauts fourneaux P3 et P6 qui pourtant l'embarrassent :

  • La surcapacité de production d'acier en Europe. C'est la raison qu'il avait déjà invoqué pour s'opposer à la reprise de hauts fourneaux à Liège en Belgique en 2011. Pour lui, "les céder à des concurrents n'aurait pas de sens, car cela contribuerait à renforcer le problème" de surcapacité. Les fermer lui permet de faire tourner à plein ses autres sites. 
  • L'utilité de la cokerie de Florange. Explication : pour trouver repreneur, il faudrait qu'ArcelorMittal cède la filière complète, qu'on appelle "la filière chaude", c'est-à-dire la cokerie (qui cuit le charbon), l'agglomération (qui prépare le minerai), les deux fameux hauts fourneaux et l'acierie (qui transforme la fonte sortie des hauts fourneaux en acier). Les trois derniers sont à l'arrêt, mais pas la cokerie, que le groupe utilise pour alimenter son site de Dunkerque. Hors de question donc de s'en séparer. Or, sans elle, le site à vendre serait bancal. Et le repreneur devrait d'alimenter en coke ailleurs. 

Mickaël, salarié à Florange : "Qui va racheter un morceau d'usine ? C'est comme acheter une voiture sans la carrosserie"  
 

Pourquoi les repreneurs ne risquent pas de se bousculer ?

Si d'aventure ArcelorMittal finissait par accepter de céder sa "filière chaude", qui aurait intérêt à investir dans ce site ? C'est bien la question. Le secteur est en crise en Europe, comme aux Etats-Unis, car la consommation d'acier baisse, tandis que les coûts de matières premières augmentent dopés eux par la demande chinoise. 

Certes, le site de Florange fabrique un acier de haute technicité, pour le BTP et l'automobile. Mais la reprise ne serait pas indolore. D'après le rapport Faure sur Florange remis à Arnaud Montebourg en juillet dernier, ArcelorMittal aurait négligé les investissements et les hauts fourneaux nécessiteraient une profonde rénovation. 80 millions par an, selon ses estimations. 

Enfin, ce site souffre de sa situation géographie. Loin de la côte, il reste éloigné des matières premières. Contrairement à Dunkerque ou Fos-sur-Mer que privilégie le géant indien.