Hollande : le cap délicat des cent jours

par Gérald Roux lundi 13 août 2012 18:37, mis à jour le mardi 14 août 2012 à 05h00
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Le chef de l'Etat aborde cette échéance alors que le pouvoir socialiste a commencé à appliquer son programme. L'essentiel reste à faire face à la récession qui menace et aux sondages qui semblent s'infléchir vers le bas.

Cent jours après son élection, François Hollande est aujourd'hui en vacances. Il peut regarder derrière lui les premières mesures adoptées, mais doit surtout penser à ce qui l'attend demain dans un contexte économique et international préoccupant.

Ce qui n'est plus à faire

En trois mois, la nouvelle majorité a mis en place une série de mesures, qui ont tourné la page Sarkozy. La "TVA sociale" a été abrogée avant même d'être entrée en vigueur. Les défiscalisations d'heures supplémentaires, symboles du "travailler plus pour gagner plus", ont été largement réduites. L'ISF a été soumis à une contribution exceptionnelle. Les droits sur les grosses successions sont alourdis. L'allocation de rentrée scolaire et le Smic ont été revalorisés, sans oublier le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, l'encadrement des loyers et le plafonnement des rémunérations des grands patrons du secteur public.

Ce qui reste à faire

Reste que le chantier qui attend François Hollande est très vaste. La réforme fiscale est à construire et elle sera délicate à faire passer. Les contours de la tranche d'impôt à 75% sur les très hauts revenus restent à préciser. Le blocage des prix des carburants n'est pas encore en vigueur alors que l'été est cruel pour les automobilistes qui passent à la pompe.
Mais le gros morceau de la rentrée sera le bouclage du budget 2013. Début juillet, la Cour des comptes évaluait à 33 milliards d'euros le montant de l'effort nécessaire pour que la France reste dans les clous de ses engagements budgétaires européens l'an prochain. La ratification du traité budgétaire UE promet de vives polémiques.

Le contexte économique

Le problème le plus douloureux reste encore et toujours l'environnement économique. Le chômage atteint 10% de la population active et les "contrats de génération" et "emplois d'avenir" ne sont pas encore en place.
Quant à la croissance, elle est nulle pour le troisième trimestre consécutif, d'après les chiffres révélés ce matin par l'INSEE.
Si la récession s'installait en France, l'équilibre budgétaire serait encore plus sérieusement malmené et la perspective de nouveaux impôts se profilerait plus nettement. 

Le contexte international

François Hollande pourrait être aussi fragilisé dans sa dimension d'homme d'Etat. C'est sur le dossier syrien que l'UMP a choisi ces derniers jours de porter le fer. Alors que le président de la République est encore en vacances, François Fillon estime aujourd'hui que François Hollande devrait se rendre à Moscou pour convaincre Vladimir Poutine de changer de position vis à vis de Bachar al-Assad.
La semaine dernière, Nicolas Sarkozy avait égratigné la politique de la France face au conflit en Syrie et d'autres membres de l'UMP stigmatisent depuis l'"attentisme" de François Hollande.       

L'opinion

Face aux contextes intérieur et extérieur peu favorables, François Hollande connaît une baisse de sa cote de popularité. Un sondage Ifop pour Le Figaro révélait samedi que 54% des Français étaient insatisfaits de l'action du chef de l'Etat même si 57% reconnaissent qu'il tient ses engagements de campagne. Reste que pour l'avenir, 40% seulement des sondés font confiance à François Hollande et au gouvernement pour trouver des solutions à la crise de la zone euro.