Le célèbre équipementier le Coq sportif se relocalise dans l'Aube, son berceau, après une vingtaine d'années d'absence. Le fabriquant de skis Rossignol est aussi revenu. Le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi a achevé la mise en place du dispositif d'aide à la relocalisation, doté de 200 millions d'euros. Mais derrière quelques entreprises emblématiques, et des activités pointues, la tendance peine à s'enclencher.
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C'est beau comme une parabole. Le retour du fils prodigue, version textile. Les habitants de Romilly-sur-Seine, dans l'Aube, savourent aujourd'hui l'inauguration des locaux d'une vieille institution locale, que l'on croyait partie pour toujours : après deux décennies de délocalisation, le Coq sportif revient. Le célèbre équipementier sportif, fournisseur officiel du Saint-Etienne de la grande époque, est né en 1948 dans la commune. Mais il y a 22 ans, rachetée par Adidas, l'entreprise quitte ses terres, au bord du gouffre. A la recherche d'un savoir-faire qu'elle ne trouvait pas à l'étranger, elle revient donc aujourd'hui, bien solide sur ses ergots. Et 13 nouveaux emplois vont éclore dans la commune. A 500 km de là, Sallanches, en Haute-Savoie, vit aussi sa parabole. Cette fois, dans le rôle du fils prodigue, c'est un fabriquant de skis. Le groupe Rossignol a en effet décidé de relocaliser sa production de skis juniors. L'usine existait déjà, mais elle va s'étoffer de 20 emplois. FONDS D'AIDE A LA RELOCALISATION A contempler ces deux beaux exemples, un ministre, à Paris, peut poser une main paternelle sur un dossier qu'il vient de boucler. Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, a annoncé cet été que son dispositif d'aide à la relocalisation d'entreprises était prêt. Avec 200 millions d'euros pour voler au secours de ceux qui veulent revenir poser leurs machines sur le sol de la “douce France”. Mais 200 millions d'euros pour aider combien d'entreprises ? Si une telle somme a de quoi rendre un particulier heureux, est-elle capable de détourner des rivières ? Selon une étude parue sur le site de l'Insee, la France a perdu 13.500 emplois par an en délocalisations entre 1995 et 2001. Puis 15.000 par an jusqu'en 2003. Avec des relocalisations créatrices de quelques dizaines d'emplois à chaque fois, il faudra du temps, et bien plus d'argent, pour remonter la pente. Les deux happy end cités plus haut - encore que le mot fin ne soit pas encore inscrit au bas du scénario - montrent par ailleurs les limites des relocalisations. Dans le cas du Coq sportif, ce n'est pas la production qui revient, mais un centre de recherche, qui va travailler sur des prototypes et des nouveautés. Il génèrera des emplois assez hautement qualifiés. Chez Rossignol, la partie de la production qui revient à Sallanches ne compense pas celle qui est partie et elle s'appuie, elle aussi, sur un savoir-faire bien particulier. Et c'est justement là que réside, finalement, la force de l'économie française : un pays apprécié pour ses compétences, ses infrastructures et les cadeaux que lui ont fait les hasards de la géographie. Son industrie est encore capable de se battre. Mais pas sur tout. Les grosses chaînes de production, gourmandes en main d'œuvre, de l'habillement, du textile par exemple, ne reviendront sans doute jamais de pays où le coût du travail est plusieurs dizaines de fois inférieur. Dans ce cas précis, les belles histoires ne doivent pas faire rêver. Grégoire Lecalot
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