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Le général syrien, sa soeur et le Tout-Paris

le Lundi 9 Juillet 2012 à 07:19
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La fascinante histoire de la soeur du défecteur syrien. Un triste premier anniversaire pour le Sud-Soudan. Sur les traces d'Albert Londres.

 

Du côté de la presse numérique d'abord, un autre éclairage sur la défection d'un général syrien...

Il s'appelle Manaf Tlass. On apprenait vendredi qu'il avait décidé d'abandonner le régime syrien et Bachar al-Assad. Depuis, il a rejoint à Paris sa soeur, la richissime Nahed. Manaf et Nahed sont les enfants de Moustapha Tlass, l'ancien ministre de la défense syrien qui a été  l'homme tout-puissant à Damas pendant une trentaine d'années.

La défection de ce général a été abondamment commentée depuis ce week-end, mais Pierre Haski sur rue89 raconte les coulisses. Les coulisses du Tout-Paris et une histoire fascinante. Car ce qu'on ne sait pas, c'est que Nahed Ojjeh est aussi une personnalité mondaine, qui mène grand train, une mécène liée aux milieux politiques et médiatiques, une figure du Tout-Paris. Comme l'écrivait Ariane Chemin dans le Monde en 2006, chez Nahed Ojjeh, quand elle reçoit, on parle "des bruits qui agitent Paris, des murmures de la littérature, de l'agitation du monde en général".

Madame Ojjeh, c'est la veuve du marchand d'armes saoudien Akram Ojjeh, épousé à 60 ans quand elle en avait 18. C'est aussi l'organisatrice des dîners où il faut être, les dîners du Paris qui décide : à sa table, on s'assied aux côtés de scientifiques renommés, de professeurs de médecine, d'hommes de pouvoir, comme Albert Frère ou Antoine Bernheim.

A la table de Nahed Ojjeh, Nicolas Sarkozy, pas encore président, converse avec le financier Marc Ladreit de Lacharrière et des tsars du CAC40. Chez elle, avenue Henri-Martin, On croise Dominique de Villepin ou Jean-Marie Messier. Quand on s'ennuie, on passe le temps à regarder les piranhas qui peuplent l'aquarium, comme dans James Bond.

Et puis, c'est toujours Ariane Chemin qui raconte dans cet article du Monde de 2006, au milieu des années 90, la tablée s'est agrandie avec des écrivains, des éditeurs, des journalistes, ceux-là sont "les amis de Franz", Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point, compagnon de l'époque de la fille du général syrien. Une liaison qu'ils n'ont jamais cachée.

Un ami de FOG précise même dans le Monde que c'est pendant les quatre ans passés avec elle que Franz-Olivier Giesbert a écrit ses meilleurs livres, un ami qui ose même la comparaison avec l'Elsa Triolet d'Aragon. Rue89 ajoute qu'avant cette liaison, et avant l'alternance politique de 1995, Nahed Ojjeh avait été aussi, cette année-là, la maîtresse de celui qui était le ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand Roland Dumas. Rue89 précise que cette liaison un temps secrète, a commencé à se savoir lorsque des diplomates bien intentionnés, américains et israéliens, ont commencé à faire " fuiter " cette information. Une liaison qui leur semblait insensée, s'agissant de la fille d'un haut dignitaire du régime syrien et du chef de la diplomatie d'un des grands pays occidentaux.

Dans ce portrait déjà fascinant se rajoute encore un autre aspect : Madame Ojjeh a aussi une passion pour les échecs et comme le rappelle rue89, elle a financé pendant des années un prestigieux club d'échecs parisien. Et qui faisait partie du club, un certain Dominique Strauss-Kahn.

Madame Ojjeh n'a pas que les échecs, les piranhas et les ministres dans sa vie : elle est aussi dîplomée de philosophie, de psychologie, et docteur ès sciences politiques. C'est un peu l'ambassadrice officieuse de la Syrie en France : comme l'écrit Pierre Haski sur rue89, sa vie et sa famille illustrent des liaisons dangereuses avec un des éléments clés d'une dictature impitoyable qui se révèle aussi aujourd'hui un atout diplomatique dans le bras de fer international engagé pour faire tomber à Damas le clan Assad, qui fut aussi celui de Nahed Ojjeh et de son frère, le général défecteur.

Tout autre chose, la nation la plus jeune du monde célèbre son premier anniversaire...

C'est le Sud-Soudan, indépendant depuis un an, un anniversaire triste... Un an d'existence, une situation de guerre avec le voisin du Nord, et déjà 170 000 réfugiés. Le gratuit 20 minutes a choisi ce matin d'en faire sa Une. Car c'est un drame qui se joue en silence, une crise humanitaire oubliée. Dans les camps de réfugiés à la frontière entre les deux Soudan, on meurt de faim, de soif et de maladies, des camps qui ont même été bombardés par l'aviation du nord-Soudan. La saison des pluies rend impossible pour l'instant l'évacuation des réfugiés, et fait aussi craindre une épidémie de choléra.

 Retour en France, en feuilletant la presse, on trouve aussi ce matin un escroc particulièrement imaginatif...

Il vient d'établir une sorte de record : le Parisien et Aujourd'hui en France racontent qu'il falsifiait des factures médicales pour obtenir des remboursements auprès d'une multitude d'organismes complémentaires de santé.

Au total, il avait souscrit à 73 mutuelles, il avait donc payé les cotisations, mais il est largement rentré dans ses frais : pour une mise de 60 000 euros de cotisations, il a touché 450 000 euros de remboursements. De l'argent qu'il faisait fructifier dans l'import-export de vêtements entre Dubaï et l'Algérie.

L'été dans les journaux, c'est aussi comme sur France Info, le temps des chroniques...

Et le Figaro part sur les traces d'Albert Londres pour faire revivre la figure du grand reporter qui a jeté les bases du journalisme moderne. Lui qui avait pour ambition de "porter la plume dans la plaie", et qui disait aussi qu'il n'avait qu'une ligne, celle du chemin de fer. Le Figaro va faire comme lui, et refaire le chemin parcouru il y a un siècle. A sa façon, Albert Londres a été un pionnier de la mondialisation, voyageur infatigable, des fronts de la Grande Guerre au bagne de Cayenne.

Dans une presse parisienne florissante, une autre époque, il n'y avait qu'une seule consigne qui a de quoi faire rêver n'importe quel apprenti reporter. C'était l'époque où la direction du journal le Matin d'Albert Londres lui disait : "vous avez carte blanche pour le sujet, pour le temps, pour la dépense. Mais il faut une enquête qui arrache le lecteur à sa routine et à ses soucis quotidiens. Il faut une aventure étonnante."

Aujourd'hui, à l'heure de Twitter, de Facebook, d'Internet et du règne de l'immédiat, la planète a rétréci. Mais au fond, pour Pierre Rousselin dans le Figaro, rien n'a changé : les reportages d'Albert Londres le montrent à chaque ligne s'il le fallait, qu'il dénonce la traite des Noirs en Afrique ou la traite des Blanches en Argentine, qu'il s'intéresse aux forçats de Cayenne ou à ceux qu'il baptisent "les forçats du Tour de France", non ce qui n'a pas changé, profondément, c'est l'humanité. Albert Londres, plus qu'une signature, une invitation au voyage, et c'est à lire donc à partir d'aujourd'hui dans le Figaro qui part sur les traces d'Albert Londres.

La presse à la Une

La presse à la Une du 09/07/12 avec Etienne de Montety du Figaro  
 

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Le Figaro part le temps d'un été sur les traces d'Albert Londres. Albert Londres qui a jeté les bases du journalisme moderne. Sa vie a été en soi  tout un roman... ou tout un reportage. Albert Londres, c'était il y a un siècle, le début du XXème siècle, depuis avec Internet, Twitter, Facebook, la planète a rétréci, est-ce que c'est un journalisme dépassé, suranné, ou est-ce qu'il faut toujours s'en inspirer ?
Explications avec Etienne de Montety, le directeur du Figaro littéraire.

 

 

 

 

 

 

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