aller directement au contenu
  • Votre radio, vos favoris, vos alertes personnalisées

La plume se rebiffe

le Vendredi 14 Septembre 2012 à 19:55
  • Votre évaluation : Aucun Moyenne : 5 (1 vote)

A première vue, ce n'est pas tous les jours facile d'être une plume. Une plume de candidat ou de président comme il existe des nègres dans les maisons d'édition. C'est frustrant d'être une plume et de rester dans l'ombre quand l'autre parade à la tribune et fait un tabac avec les phrases qu'on a si bien écrites pour lui. Le job a vraiment quelque chose d'ingrat.

Alors certains en acceptent la malédiction comme l'écrivain Erik Orsenna, l'une des plumes favorites de François Mitterrand et qui confesse aujourd'hui avec philosophie qu'il se voyait à l'époque comme "le nègre principal des discours subalternes".

D'autres s'en amusent comme Christine Albanel qui fut la plume de Jacques Chirac et qui raconte sans aucun complexe qu'elle avait écrit pour lui la fameuse déclaration de dissolution de l'Assemblée Nationale, en 1997, sans rien y comprendre. Qu'elle se rassure : personne n'a compris. Et puis pour Jacques Chirac, l'écrit et le verbe, bref, l'art de causer en public avait beaucoup moins d'importance que sous François Mitterrand.

Enfin il y a des plumes qui se rebiffent. Des "poids plumes" qui se rêvent en "poids lourds". Des hommes de l'ombre qui aspirent à la lumière. C'est ainsi qu'il faut interpréter la candidature cactus d'Henri Guaino à la présidence de l'UMP. Entre Jean-François Copé et François Fillon, il court au fiasco. Mais c'est plus fort que lui. Et dans le fond, ça se comprend.

Henri Guaino, c'était la plume de Nicolas Sarkozy. Une plume d'élite comme il y a des tireurs du même nom. Le super candidat, hyper président, lui doit ses plus grands succès. Et quand dans le même discours magnifiquement ampoulé, à la tribune, "Sarko" citait pêle-mêle Jean Jaurès, Léon Blum, Georges Mandel, Jules Ferry et Charles de Gaulle, il y avait Henri Guaino, installé au premier rang, marmonnant les mots qu'il connaissait par cœur comme on mâche un chewing-gum auquel on n'a pas droit.

Et à force de mâcher, on rumine. Et même si on ne prédit aucun succès à monsieur Guaino dans la bataille de l'UMP, on se dit que voler de ses propres ailes, pour une plume c'est bien la moindre des choses.