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Première rétrospective Edward Hopper à Paris au Grand Palais

le Jeudi 11 Octobre 2012 à 08:25
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Edward Hopper, le grand peintre américain du XXe siècle mondialement célèbre à travers ses images mythiques d'une Amérique qu'il révèle, bénéficie enfin à Paris d'une première rétrospective d'envergure. On y découvre un artiste engagé pleinement dans sa peinture, qui ne connait le succès que tardivement. 164 œuvres, de magnifiques aquarelles et gravures, mais surtout 55 peintures sur la centaine qu'il a produites sont présentées au Grand Palais jusqu'au 28 janvier. Un panorama sans précédent en Europe.

Soir Bleu, 1914, New York, Whitney Museum of American Art, Josephine N. Hopper Bequest © Heirs of Josephine N. Hopper, licensed

Edward Hopper est enfin présenté dans toute sa richesse et son génie à Paris sur deux étages dans les galeries du Grand Palais  jusqu'au 28 janvier. Un événement muséographique attendu dans la capitale depuis des années. 164 oeuvres dont 55 peintures sur la centaine réalisées entre 1924, date de sa reconnaissance critique et commerciale, et 1967 année de sa mort, sont réunies dans une scénographie qui va de l'ombre à la lumière avec en apothéose, deux immenses salles baignées par la lumière du jour. Le Grand Palais a ouvert ses fenêtres pour l'occasion.

Le visiteur est au coeur de cette lumière qui est le sujet même des peintures de Hopper. Toutes les images qui sont désormais inscrites dans l'imaginaire collectif sont là. Des tableaux à la simplicité trompeuse qui ont inspiré tant de cinéastes, d'écrivains et d'enfants de la pub. Edward Hopper, ce diable d'artiste, puritain, réservé, économe en mots comme en peinture, entretenait des rapports subtils avec la littérature et le cinéma, il lisait Verlaine, Rimbaud, Proust dans le texte quand il ne les traduisait pas. Fasciné par les romans d'Hemingway, allant au cinéma ou lisant quand il ne peignait pas dans son atelier de Washington Square ou de Cape Cod, il a produit  une œuvre rare et pure, qui avant l'avènement de l'abstraction aux Etats-Unis a secoué la planète de l'art. Mais il a du attendre 51 ans pour avoir sa première rétrospective à New York au Moma.

Gas © The Museum of Modern Art, New-York/Scala, Florence

Didier Ottinger, commissaire d'exposition et  chef d'orchestre de ce rassemblement lumineux, a opté pour une présentation simple chronologique en deux parties. Hopper restera toute sa vie très marqué par ses années parisiennes où il va se convertir à la peinture moderne en scrutant Degas, Marquet, Vallotton, mais il va connaître à son retour aux Etats-Unis une véritable traversée du désert. Entre 1906 et 1924 il ne vendra qu'un seul tableau! Il sera alors illustrateur, graveur, une salle extraordinaire montre 22 des 26 gravures qu'on lui connaît, l'art de la gravure qu'il pratique pendant 10 ans à partir de 1915, va lui permettre de  préparer ses grands thèmes picturaux, d'assagir ses compositions en les réduisant à un ou deux personnages dans un environnement presque abstrait. Les aquarelles enfin qui ouvrent la deuxième partie de l'exposition  vont enfin lui apporter le succès.

Dès le tout premier petit tableau de 1902" personnage solitaire dans un théâtre ", tout son univers est là. Plus loin, l'énigmatique
" Soir Bleu " qui date de 1914, d'emblée nous frappe par son étrangeté, les couleurs contrastées et les postures des personnages attablés, un clown, un maquereau, une prostituée, un couple de bourgeois. Enfin son tableau testament, " Deux comédiens ", hommage à sa femme Jo Nivison, est un pur chef-d'oeuvre, un concentré d'émotion.

Deux comédiens, Edward Hopper © Collection particulière

L'exposition révèle la lumière  et l'intensité de sa peinture,  et Jo, son épouse est présente dans presque tous ses tableaux. C'est une des découvertes de cette éblouissante rétrospective. Tous les chefs- d'œuvre de Hopper sont là : " Gas ", la station essence et ses trois pompes rouges sur le fond vert des arbres, " Nighthawks ", les noctambules, montré pour la première fois en France, ce fameux bar baigné d'une étrange atmosphère que le peintre réalise quelques semaines après le bombardement de Pearl Harbour en 1942, ces femmes et hommes, solitaires et pensifs, comme suspendus dans leur gestes dans des appartements ou des chambres d'hôtels que l'on regarde presque en voyeur, éclairés qu'ils sont d'une lumière théâtrale et irréelle, le visiteur du Grand Palais pourra les contempler longuement.

Nighthawks, 1942, Friends of American Art Collection © Art Institute of Chicago

Mais l'on songe en étudiant la vie de cet homme qu'il a réalisé cette œuvre puissante et singulière grâce, à cause et peut-être contre sa femme, Joséphine Nivison, une artiste qu'il épouse en 1924 et qui mourra 6 mois après lui. Elle sera l'unique modèle de ses peintures. Jalouse et admirative, elle annote les productions de son mari, parle souvent à sa place, appelle ses tableaux  " nos batards ". Des témoins raconte Didier Ottinger, évoquaient les conflits permanents du couple. " Hopper avait même tracé un cercle à la craie sur le sol de son atelier qu'il lui interdisait de franchir...

Enfin le silence dans la peinture de Hopper, un silence que l'on partage devant toutes ses oeuvres. L'artiste disait : " si vous pouviez le dire avec des mots, il n'y aurait aucune raison de le peindre."

 La rétrospective Edward Hopper au Grand Palais à Paris est présentée jusqu'au 28 janvier. C'est  l'une des expositions les plus jubilatoires de l'automne.

Ecouter le direct du jour " La culture et vous " de 8h26 consacré à l'exposition

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Ecouter l'entretien intégral dans l'exposition avec le commissaire artistique, Didier Ottinger, directeur adjoint du MNAM-Centre Pompidou
 

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Ecouter l'entretien avec l'historien de l'art Alain Cueff qui a publié cette année chez Flammarion " Edward Hopper, Entractes"
 

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l'expo était présentée à Madrid cet été.
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