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"Se trouver" de Luigi Pirandello

le Samedi 17 Mars 2012 à 09:55
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"Se trouver" de Luigi Pirandello mis en scène par Stanislas Nordey au Théâtre de la Colline avec Emmanuelle Béart dans le rôle principal.

Nous sommes sur la Riviera dans une très belle demeure de style art déco. Les invités d’Elisa Arcuri attendent avec fébrilité de rencontrer la grande comédienne de théâtre Donata Genzi. Ils ont tous des préjugés sur le métier d’actrice.

Ce sont d’abord ces préjugés que Pirandello met à mal : cette femme vit son art comme un sacerdoce. Sa vocation est presque religieuse. Elle n’a jamais eu d’amants, elle n’a jamais vécu que par et pour son art.

Elle est à l’image de Pirandello : l’écrivain sicilien a été marié très tôt à une femme qu’il n’aimait pas et qui va sombrer dans la folie. Il aura trois enfants avec elle et ne la quittera pas.

Et lorsque son biographe lui demande de raconter sa vie voici ce qu’il lui répond : "J'ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire (…)  sur ma vie, si ce n'est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l'écris. ( …) Si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre : Attendez un peu, que je pose la question à mes personnages."

Le personnage de Donata a oublié de vivre, sa vie se confond avec les rôles qu’elle a créé au théâtre.

Emmanuelle Béart irradie la scène, le rôle semble avoir été écrit pour elle.

Elle a puisé dans son vécu de comédienne pour interpréter ce personnage.

C’est aussi une pièce sur la solitude, l’incommunicabilité entre les êtres.

Marcel Proust disait : nous sommes tous des monades, des points de vue sur le monde mais pour que deux êtres parviennent à se comprendre, à se parler. Donata Grazi a oublié de vivre sa vie de femme et lorsqu’elle rencontre Ely Nielsen peintre et marin suédois, elle s’abandonne totalement à cet amour. C’est un être inadapté qui refuse de vivre en société et ne rêve que de partir en mer. Comme elle c’est un marginal, inadapté à la vie. Il peut faire penser à James Dean dans la fureur de vivre. Et pourtant, cet homme qu’elle a choisi ne la comprend pas. Elle est cérébrale, il est physique. Ils ne parlent pas la même langue.  Il va lui demander de renoncer au théâtre. Il lui demande l’impossible.

Emmanuelle Béart nous explique comment la mise en scène parvient à montrer cette dimension de la pièce.

Ecrite en 1932 par un dramaturge sicilien issu d’une famille catholique conservatrice, la pièce aborde pourtant de manière très crue la question de la sexualité féminine.

C’est étonnant la liberté avec laquelle Pirandello s’attarde sur les déconvenues de son héroïne : Donata confie à son amant qu’elle n’a pas éprouvé du plaisir. Elle dira à son amie Elisa : "Il a fait trop attention à lui". Mais surtout, entre l’homme qui l’aime et qui lui demande de tout abandonner pour lui et le théâtre, elle choisira le théâtre.

Emmanuelle Béart nous rappelle que la pièce est écrite sous l’Italie fasciste de Mussolini et pointe la modernité et l’avant-gardisme de Pirandello pour son époque.

Se trouver de Luigi Pirandello avec Emmanuelle Béart dans une mise en scène de Stanislas Nordey c’est à voir au théâtre de la Colline à Paris jusqu’au 16 avril.

Coup de projecteur sur le chorégraphe suédois Mats Ek. Deux de ses créations sont en ce moment à l’affiche de l’Opéra Garnier et du théâtre des Champs Elysées.

Sa danse est littéralement jouissive pour le spectateur. Il y a de la théâtralité et de l’humour.

A l’Opéra Garnier, vous pourrez voir jusqu’au 31 mars L’Appartement, vision étonnante de nos petits drames quotidiens et de la vie en couple.

On est scotché par ce ballet de femmes qui passent l’aspirateur, par cette scène de ménage qui se termine par la découverte du bébé carbonisé dans le four.

Et sous le charme de ses amoureux qui s’attirent et se repoussent autour d’une porte qui symbolise l’entrée dans l’intimité de l’autre.

Le fauteuil devant la télévision, le bidet ou le four deviennent des éléments chorégraphiques pour mieux disséquer les sentiments.

Avec des moments de folie où les danseurs jaillissent sur scène dans des tenues à la flash dance sur une musique électro country.

Mats Ek allie avec bonheur réflexion philosophique et humour.

Vous pouvez donc voir ses créations jusqu’au 31 mars à l’Opéra Garnier et jusqu’au 22 mars au théâtre des Champs Elysées.

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