Aimé Césaire est mort ce matin au CHU de Fort-de-France, où il était hospitalisé depuis le 9 avril. Il avait 94 ans. Ancien maire de Fort-de-France et figure tutélaire de la politique martiniquaise, il a créé avec d'autres jeunes écrivains noirs francophones - dont Léopold Sédar Senghor - la "négritude". Un concept qui revendiquait les valeurs intellectuelles et culturelles de "l'homme noir".
le dernier livre d'entretiens du poète antillais, réalisé à l'occasion de son 90e anniversaire © © éditions Arléa Radio France
"Vous savez, on n'est pas impunément noir. Et que l'on soit français - de culture française - ou que l'on soit de culture américaine, il y a un fait essentiel : à savoir que l'on est noir, et que cela compte. Voilà la négritude." Cet extrait d'une interview d'Aimé Césaire au Magazine Littéraire, en 1969, dit beaucoup de la vie du poète. De sa jeunesse d'étudiant à Paris à son engagement politique en Martinique, Césaire n'aura jamais eu de cesse de défendre "la négritude". Un concept qui défend les valeurs intellectuelles et culturelles de "l'homme noir", dévalorisées selon lui par le racisme issu du colonialisme. La famille d'Aimé Césaire, très éduquée, a sans doute largement inspiré le jeune homme. Enfant, il apprit à lire grâce à sa grand-mère, qui était lettrée, contrairement à beaucoup de femmes de sa génération. Quant à son grand-père, il a été le premier instituteur noir de la Martinique. Grâce à une bourse d'étude, le jeune Aimé Césaire part étudier à Paris. Au prestigieux lycée Louis-le-Grand, il rencontre le futur président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor. L'amitié entre les deux hommes ne se démentira jamais. Tous deux figurent parmi les fondateurs du journal L'Etudiant noir, en 1934. C'est dans ces pages que naîtra le concept de négritude. _ En 1950, il publie son radical Discours sur le colonialisme (essai), aux éditions Réclame, vite réédité par Présence Africaine en 1955, et l'édition de 1973 sera déjà la sixième... Un texte aujourd'hui encore considéré comme fondateur. Maire et député de Fort-de-France pendant un demi-siècle A la fin des années 30, Aimé Césaire rentre en Martinique. D'abord professeur au lycée de Fort-de-France, il devient maire de la ville après la guerre, puis député. Des mandats qu'il conservera près de 50 ans. Dans les années 50, il quitte le Parti Communiste pour fonder le Parti progressiste martiniquais, au sein duquel il va revendiquer l'autonomie de la Martinique. Retiré de la vie politique en 2001, Aimé Césaire était resté une figure incontournable de l'île. En janvier 2007, il avait fait sa dernière grande apparition publique aux côtés de Ségolène Royal, dont il soutenait la candidature. Céline Asselot
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