Annonce erronée de la mort de Martin Bouygues : l'AFP s'explique

INTERVIEW par Grégoire Lecalot dimanche 1 mars 2015 12:30
Le siège de l\\\'Agence France presse, place de la Bourse, à Paris © Maxppp
Le siège de l'Agence France presse, place de la Bourse, à Paris © Maxppp

Ce samedi, la presse, dont France Info, a annoncé par erreur la mort de l'industriel Martin Bouygues. La directrice de l'information de l'Agence France presse, à l'origine de cette fausse information, s'est expliqué sur France Info. Elle évoque une "erreur gravissime" et s'excuse. Elle revient ensuite sur le malentendu et reconnaît une "erreur de jugement" dans la décision de diffuser la nouvelle.

C'est d'abord des excuses que Michèle Léridon, directrice de l'information de l'Agence France presse, a voulu présenter pour ce qu'elle considère comme une "erreur gravissime qui entame gravement notre fiabilité et notre crédibilité". Excuses vis à vis de la famille et des proches de l'industriel Martin Bouygues, donné par erreur comme décédé par une dépêche en "urgent" à 14h27. Excuses aussi vis à vis des clients de l'AFP, c'est à dire l'ensemble des principaux médias français et même au-delà, puisque l'AFP est l'une des trois grandes agences de presse mondiales, qui bénéficient d'un capital confiance considérable dans le milieu.

"C'est une erreur gravissime qui entame notre crédibilité" : le mea culpa de Michèle Léridon, directrice de l'information de l'AFP

"Il nous en a fait part non pas comme d'une information certaine mais d'une piste"

L'agence a ouvert une enquête interne pour retracer les faits qui ont conduit à annoncer ce décès par erreur. Etant entendu que non seulement Martin Bouygues va très bien, mais encore ne possède-t-il pas de propriété dans l'Orne, où était censé s'être produit l'évènement. C'est donc un journaliste parisien du siège de l'agence, qui a eu vent d'une rumeur faisant état de la mort du patron du groupe Bouygues. " Il nous en a fait part non pas comme d'une information certaine mais d'une piste, comme on peut en avoir tout le temps à l'AFP. Une piste qui se révèle vraie ou fausse et qu'il faut bien entendu vérifier".

Le journaliste et le maire ne parlaient pas de la même personne

C'est à ce niveau que se produit le quiproquo. Le service économique est mobilisé pour se faire confirmer ou non l'information, mais il ne parvient à joindre personne au groupe Bouygues ou parmi les sources qu'il tente d'activer. Le décès étant censé s'être produit dans l'Orne, le bureau de Rennes, chargé de la couverture de ce département, est chargé des vérifications de terrain. Un journaliste contacte donc un interlocuteur dans la commune citée. Cette source lui confirme un décès mais refuse de citer le nom. Notre confrère appelle alors le maire d'une commune voisine et là, les deux hommes ne se comprennent pas : "Il lui demande si Martin Bouygues est décédé. Le maire répond oui, avec de nombreux détails sur l'heure, la commune sous le choc etc. le seul problème c'est qu'ils ne parlaient pas de la même personne, ils ne se sont pas compris. Il y avait effectivement un M. Martin qui était décédé dans cette commune et je suppose que cet élu local, sous le choc, a entendu Martin et n'a pas entendu Bouygues. je suis bien persuadée que notre journaliste a bien évidemment parlé de Martin Bouygues".

"Il y a une mauvaise décision prise qui est diffuser cette information sur la foi d'une source insuffisante"

Le journaliste de Rennes envoie alors cette information à Paris. "A partir de là, il y a une mauvaise décision qui est prise", pointe Michèle Léridon. "Elle est de diffuser cette information sur la foi de cette source qui était insuffisante, non pas par manque de respect pour cet élu local, mais pour une information de cette nature, aussi importante et aussi grave, bien entendu qu'il fallait recouper et prendre la peine d'attendre. J'ai répété encore à mes équipes qu'on ne cherche pas à faire des scoops sur le décès des gens".

"On prendra les mesures qui s'imposent"

Michèle Léridon refuse d'incriminer la course à l'information, les réseaux sociaux ou les médias d'information en continu qui pousseraient à prendre des risques : "Là, en l'occurence, j'ai le regret de dire qu'on était tout seuls sur cette histoire. On s'est débrouillé comme des grands pour foncer dans le mur. L'impératif de rapidité n'a pas attendu les réseaux sociaux à l'AFP. Mais on ne cesse de répéter que l'impératif premier, c'est la fiabilité, la crédibilité. On préfère être en retard et diffuser une information juste. On mesure bien la gravité de la chose". Une mise au point sur le respect des procédures et le respect de la chaîne de diffusion va donc être entreprise et des entretiens ont commencé à avoir lieu "avec les personnes impliquées dans ce désastre et on prendra les mesures qui s'imposent", précise Michèle Léridon, avec l'espoir que l'AFP sortira renforcée de cette affaire qui aura durablement marqué les esprits, tant il est essentiel que l'agence soit et demeure un maillon vital de la diffusion mondiale d'une information de qualité.