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Ces croissants industriels qui investissent nos boulangeries

le Mercredi 27 Juin 2012 à 07:15
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Ne vous fiez pas à l'odeur de beurre frais de votre croissant. Il y a de grandes chances pour qu'il provienne des fours industriels de gros groupes du secteur. L'arrivée de produits industriels dans nos boulangeries est un sujet tabou et c'est pourtant bien une réalité que le monde de la boulangerie n'aime pas évoquer.

Ne pas se fiez à l'aspect croustillant de votre pain au chocolat ! © Fotolia.com - Yves Roland

Les boulangers n'avouent pas faire appel à l'industriel car, quelque part, ils trompent leurs clients. Pierre Couderc, lui, met les pieds dans le plat. Pour se distinguer des boulangeries de son quartier, ce pâtissier du 19e arrondissement de Paris a apposé une affiche sur sa devanture sur laquelle on peut lire : "Tous nos produits sont confectionnés sur place. Ils ne sont pas choisis sur catalogue et livrés surgelés par l'industrie".

Chez Pierre Couderc, boulanger rue de Flandres, à Paris © Radio France Alice Serrano

Ici, les macarons, croissants, pains au chocolat sont tous "fait maison". "Nos croissants ne sont pas caoutchouteux, ni pleins d'air, ils sont consistants et en même temps aérés, onctueux et croquants à la sortie du four", explique Eddy, tourrier de profession - c'est celui qui confectionne les viennoiseries.

"Une viennoiserie sur deux environ est industrielle"

Un croissant onctueux, sans margarine, sans conservateur. On ne peut pas toujours en dire autant des produits industriels. Leur percée dans les 30.000 boulangeries que compte le pays prend une ampleur considérable depuis une dizaine d'années. Selon Philippe Godard, directeur de la communication des entreprises de boulangerie et patisserie française, "une viennoiserie sur deux environ est industrielle dans nos boulangeries artisanales".

Quelques grands groupes se disputent le marché, le plus connu "coup de pâtes" qui propose un catalogue d'environ 700 références dont près d'une dizaine de variétés de croissants. Ils arrivent surgelés pré-cuits ou crus chez le boulanger, qui n'a plus qu'à les passer au four. Idem pour la pâtisserie : les catalogues proposent une pléïade de tartes au citron, éclairs aux chocolat, pizzas avec effet artisanal pour les plus chères. Un croissant sur catalogue coûte environ 20 centimes d'euros, il est revendu entre 80 centimes et 1,20 euros, une tarte au citron autour d'un euro est revendue le triple en moyenne.

C'est sur catalogue que les boulangers choisissent leurs croissants

Le "fait maison" coûte plus cher que l'industriel, se désole Sophie qui a racheté une boulangerie dans un quartier huppé de Paris il y a un an et demi. Voilà le fond du problème selon elle. "Je fais mes pâtisseries moi-même mais je perds de l'argent" confie cette boulangère parisienne. "Ce n'est pas normal ! Tant que l'on n'aura pas résolu ce problème du coût de l'artisanal, beaucoup de boulangeries feront encore appel à l'industrie"Pour équilibrer ses comptes, Sophie se rattrape sur la vente de produits moins périssables comme les confitures ou les boissons.

Les grands groupes industriels concernés, qui n'ont pas souhaité s'exprimer, font valoir l'effort sur la qualité des produits, certains utilisent du beurre AOC et les normes d'hygiène draconniennes auqxuelles ils sont soumis. Petit conseil pour repérer les boulangeries purement artisanales : une offre limitée, des produits qui ne sont pas calibrés.

L'appellation boulangerie ne garantit pas le "fait maison"

Depuis 1998, les boulangeries ont l'obligation de faire leur pain sur place, mais cela concerne uniquement le pain. "Cette loi ne concerne pas les viennoiseries. On peut être boulanger et ne pas confectionner ses viennoiseries soi-même" explique Jean-Pierre Crouzet, le président de la Confédération nationale de la boulangerie, patisserie. Il travaille actuellement à une plus grande transparence même si beaucoup de boulangers craignent la réaction de leurs clients. La Fédération du Loir-et-Cher, elle, a pris le taureau par les cornes. Dès lundi prochain elle lance un label "viennoiseries faites maison" - les boulangers du département pourront apposer ce macaron en vitrine. 

Dans la boulangerie de Pierre Couderc, dans le XIXe arrondissement de Paris © Radio France Alice Serrano

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Vos réactions sur cette info
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Perlinpinpin (anonyme),
Enfin on n'en parle ! C'est une honte ce mensonge envers les consommateurs et ce silence médiatique enfin perçé ce jour par France Infos ! Nous devons savoir si les produits sont surgelés, après libre au consommateur de choisir. A quand une chronique sur les faux artisans,vous savez les industriels qui font croire par leur argent que ce sont des artisans alors qu'ils produisent à la chaîne et font des C.A.en millions d'Euro. Là aussi il est temps d'informer les consommateurs sur ces tromperies ! Il est temps n'en déplaise à ces faux artisans de distinguer le vrai petit Artisan du faux Artisan industriel !
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Marco (anonyme),
J'aime quand les gens sont en dehors de la réalité, vive le monde des bisounours...Et la marmotte met le chocolat dans le papier alu!!! La viennoiserie surgelée c'est comme les haricots, vous les preferés en boite ou surgelés??? Il vaut 1000 fois mieux un trés bon croissant surgelé qu'un frais plus que moyen, car pas assez de temps pour le produire, pas de matériel adapté, ou encore plus récurrant, pas de personnel qualifié...
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Perlinpinpin (anonyme) @ Marco (anonyme),
Bonjour Marco, vous avez en parti raison, sur le fait qu'il peut y avoir de mauvaises pâtisseries et/ou viennoiseries non surgelées. En ce qui me concerne, je veux simplement que la législation dise comme pour les restaurants en italie par exemple ici c'est du surgelé ici c'est du frais. Car le travail n'est pas le même, après si c'est un mauvais boulanger, pâtissier ou restaurateur c'est au consommateur de rester ou de fuir ! Idem pour les faux artisans qui font une publicité mensongère alors que ce sont des industriels, là pareil on n'arrêtera pas évidemment l'industrialisation. Mais au moins respectons le vrai petit artisan qui a sa vraie petite boutique et pas une boutique de facade avec des grosses chaines de production industrielle cachée derrière une publicité mensongère. Les médias sont d'ailleurs complice de ces mensonges à cause de belles recettes publicitaires.
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Ludvig (anonyme),
Pour moi aussi on devrait definir un cahier des charges des produits comestibles et non laisser marketing et financier piloter nos mets. Savez vous par exemple qu'un grand livreur de PIZZA utilise du fromage ANALOGUE... donc de synthése. C'est légale et 200% moins cher.. cancérigéne? peut-être... Voila la suite de "l'aile ou la cuisse" version malbouffe! Et on se dit pays de la gastronomie ou de la gastro ?
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