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Main basse sur la Caisse des Dépôts
Emmanuel Kessler - 21 novembre 2008
D’où vient de l’argent de la Caisse des Dépôts ? Une fois de plus, Nicolas Sarkozy met cette institution à contribution pour la création d’un fonds souverain français. Alors Emmanuel, la Caisse des Dépôts, est-ce que c’est la cagnotte où l’Etat peut puiser sans limite ?
| Version audio : les textos de l’éco ; l’Etat "pique" l’argent dans la Caisse... (3'40") | |
La Caisse des dépôts, robinet à milliards ? Hier, elle s’est vue sollicitée pour injecter 10 milliards de plus dans l’industrie. Faisons l’addition : sauvetage des banques, prêts aux collectivités locales, crédits au PME, on arrive à 40 milliards depuis le début de la crise. Alors d’où viennent-ils ? La Caisse, c’est la banque de tous les fonds publics qui ne sont pas de l’impôt. Elle gère l’épargne du Livret A, les fonds des notaires, la trésorerie de la sécurité sociale, l’argent des retraites des fonctionnaires. Toute cette masse, elle la fait fructifier dans des placements surs et de longue durée. Et l’argent qu’elle gagne doit financer des missions d’intérêt général, le logement social par exemple. Ca signifie que la Caisse n’est pas, comme on le dit trop souvent, le bras financier ou la cagnotte de l’Etat. Son argent, il ne tombe pas du ciel non plus, c’est celui des Français. Son utilisation doit répondre à des objectifs rigoureux, sous le contrôle de parlementaires. Précaution prise lors de sa création il y a deux siècles parce que Napoléon avait dilapidé tous les fonds publics pour financer ses batailles. Or à la faveur de la crise, cette autonomie vis -à-vis de l’exécutif est mise à mal. Tout le monde voit bien que c’est Nicolas Sarkozy qui décide. Moyennant quoi l’Etat fait main basse sur cet argent. Si les choses tournent mal, l’épargne pourrait un jour se transformer en impôt.
Est-ce qu’il y a vraiment un risque ?
La question est de savoir jusqu’où tout cela peut aller. Comme la Caisse des Dépôts est actionnaire de la moitié du CAC 40, elle subit la crise boursière. Elle accroit aussi son endettement. Et surtout, la forte baisse du taux du Livret A annoncée pour le début 2009 peut entraîner – on l’a vu dans le passé – beaucoup de retraits qui vont réduire ses fonds mobilisables. Bref, il y a des éléments de fragilité. On est en train de faire courir le 110 mètres haies à une très vieille dame. Et cela pour de mauvaises raisons. Car derrière l’idée de défendre notre industrie et nos entreprises nationales il y a un motif moins avouable. En allant prendre l’agent à la Caisse des Dépôts, l’Etat trouve un moyen astucieux d’augmenter la dépense publique sans que cela pèse sur son propre budget, dont le déficit atteint déjà des sommets.
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