Rendre la carte scolaire superflue… C’est une promesse de campagne du candidat Nicolas Sarkozy ; il ne l’a pas oubliée…
Cet objectif est inscrit dans la lettre de mission que le Président a adressée en septembre dernier à Xavier Darcos,; il apparaît également dans la trentaine d’indicateurs sur lesquels le ministre de l’Education nationale va être évalué par François Fillon… Objectif affiché : favoriser la mixité sociale. Une étude qui vient de sortir aux Etats-Unis (Whoo chooses schools, and why ?, signée Natalie Lacireno-Paquet, et Charleen Brantley de l’université du Massachusetts, Boston) ne porte pas à l’optimisme : elle montre que le libre choix des familles produit un paysage scolaire encore plus ségrégatif… - Quelles sont les principales conclusions de cette étude ? Ce qui est intéressant, c’est qu’elle regarde au-delà du discours. Le discours est socialement acceptable, très « politiquement correct » comme disent les Américains : quand on demande aux familles ce qui guide leur choix quand elles n’inscrivent pas leur enfant dans l’établissement du secteur, elles répondent l’excellence académique, puis elles évoquent un environnement épanouissant, ce qui est « bon pour l’enfant ». - Ça, c’est le discours. Et dans les faits ? Dans les faits, je cite, l’étude : « les parents attachent plus d’importance à la composition sociale et raciale des écoles qu’à leurs qualités académiques ». Les chercheurs américains écrivent également qu’il est établi que « les parents blancs ont tendance à éviter les écoles avec une forte concentration d’enfants issus des minorités raciales, de même que les parents d’enfants issus de ces minorités essaient d’éviter les écoles présentant une forte concentration d’enfants pauvres ». - Mais est-ce qu’une carte scolaire à la française protège d’une telle ethnicisation ? Non. Pour deux raisons : l’habitat d’abord (s’il est ethniquement ou socialement homogène, les établissements scolaires entérinent cette homogénéité). Mais aussi le fait que l’on contourne cette carte scolaire. Le résultat de ce double phénomène est implacable : une étude menée par le sociologue Georges Felouzis sur les collèges à Bordeaux ; je cite : 10 % des collèges scolarisent 40 % du total des élèves étrangers ou d’origine étrangère ; l’inverse, un quart des collèges scolarisent chacun moins de 1 % de ces jeunes (un livre a été tiré de cette étude en 2005 : l’Apartheid scolaire, au Seuil. - Mais alors c’est un cercle vicieux… cela montre en tout cas qu’on peut difficilement créer de la mixité sociale et ethnique dans les établissements scolaires si elle n’existe pas ailleurs dans la société, notamment dans l’habitat…

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